Théâtre
A portée de crachat et de mots, Mounir Margoum est épatant

A portée de crachat et de mots, Mounir Margoum est épatant

19 juillet 2012 | PAR Christophe Candoni

Au théâtre GiraSole, dans le off du Festival d’Avignon, Mounir Margoum porte les mots de l’auteur Taher Najib en incarnant seul en scène et de manière captivante le rôle d’un jeune comédien palestinien, héros de la pièce « A portée de crachat ». Au cours du monologue, il livre un rapport au monde à la fois ouvert, complexe et troublé en interrogeant les notions d’identité et d’étrangeté. Laurent Fréchuret signe une mise en scène qui va droit à l’essentiel en laissant intelligemment toute la place nécessaire au déploiement de l’acteur et de son récit.


L’acteur vient de la salle, en jean, baskets, sweet à capuche. Il contourne silencieusement le plateau comme pour l’apprivoiser. Il observe, souriant, détendu. Il respire. De l’espace nu  (juste avec un tabouret, un drap et quelques vêtements) va naître un monde. D’abord Ramallah, où de nombreux jeunes sont postés sur les trottoirs. Ils crachent, du matin au soir, pour dire quelque chose de leur révolte ou leur indignation, ou bien juste par habitude, parce qu’ils n’ont rien à faire. Puis Paris, ville lumière où le personnage rencontre l’amour, enfin Tel-Aviv où il se rend pour jouer au Théâtre national.  Il est acteur et s’interroge sur son rapport à la fiction par rapport à la réalité. Comment assumer le fait de représenter par pure convention théâtrale un faux massacre sur scène et s’en satisfaire alors que la vraie tragédie se joue ailleurs, dans les rues, encerclées, bombardées ?

Ici et ailleurs, on le voit se démener dans les pérégrinations d’une existence faite d’inattendus, de questionnements, de légèreté et de gravité, de déceptions et de bonheur, d’appétit de vivre, de fuite, de quête. Partout, il ne se sent pas plus étranger que dans son pays natal.  De ce récit, aussi drôle que touchant, se dégage une ferme volonté de s’en sortir, de tenir bon, de chercher à toujours maintenir et préserver sa liberté dans un monde divisé.

Mounir Margoum se donne généreusement et entièrement au service du texte qu’il livre avec une merveilleuse vitalité et une grande justesse. Pas de décor ni d’effet. Juste la puissance d’évocation de l’acteur, son charisme, son énergie porteuse, l’humour et le charme qu’il distille finement. L’acteur campe à son image un personnage éminemment sympathique.

photo, Jean-Marc Lobbé.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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