Théâtre
A Love Suprême, un plongeon dans la nuit vacillante avec Durringer

A Love Suprême, un plongeon dans la nuit vacillante avec Durringer

16 janvier 2020 | PAR Zoé David Rigot

Le dernier Durringer, A Love Suprême, écrit tout spécialement pour la comédienne et chanteuse Nadia Fabrizio et mis en scène par Dominique Pitoiset, est présenté au théâtre Les Gémeaux, scène nationale de Sceaux cette semaine. C’est un spectacle à ne pas manquer.

« A love supreeeeeme ! Intense ! Ultime ! » invoque Bianca avec émotion. A Love Supreme, c’est un des plus beaux morceaux de John Coltrane. Il fait comme ça :

Blue light on the avenue
God knows they got to you
An empty glass, the lady sings
Eyes swollen like a bee sting
Blinded you lost your way
Through the side streets and the alleyway
Like a star exploding in the night
Falling to the city in broad daylight
An angel in Devil’s shoes
Salvation in the blues

Mais A Love Suprême avec un accent circonflexe, c’est un peep-show de Pigalle où Bianca (interprétée par Nadia Fabrizio) danse depuis qu’elle à dix-huit ans. Seulement aujourd’hui, elle doit vider son casier et quitter les lieux. Dans un décor singulier qui peut rappeler, par ses couleurs, l’univers de The Florida Project (Sean Baker), Bianca se livre. Par un monologue acéré, sous les lumières du Love Suprême, cette doyenne du strip-tease raconte ses aventures, le regard des hommes qu’elle ne voit jamais, son corps énergique qu’elle défend, les nuits à Pigalle. Elle est amoureuse de la nuit, elle est belle dans sa détresse, comme tous les autres qu’elle convoque. La vie, elle en fait une ode, une invitation au jeu, et elle s’en empare de toute sa présence.

Ce nouveau texte de l’auteur, réalisateur de cinéma et metteur en scène de Surfeurs (1998) et Paradise Beach (2019) est saisissant, agrémenté de touches d’humour rebondissantes. C’est aussi un texte féministe, engagé et dénonciateur, qui n’hésite pas à questionner et à déclarer, comme souvent chez Durringer – en fond, soudain, on peut entendre The Clash. Nadia Fabrizio capture le rôle avec justesse, de bout à bout elle captive son public – c’est un solo, il n’y a aucune longueur. La pièce touche le sensible de Bianca et du monde, déploie une mosaïque fascinante de gens, et porte un discours cru qui, pour ses lecteurs, peut faire penser au roman Putain de Nelly Arcan. Ce projet est le premier spectacle d’un cycle théâtral de Dominique Pitoiset dont la scénographie et la mise en scène ont elles aussi touché juste : sous les lumières criardes d’une laverie ingénieusement investie, le spectateur est propulsé dans l’univers de la nuit.

C’est un spectacle qui n’a pas peur de se mouiller, un spectacle sur la détresse humaine, et c’est plein de justesse.

 

 

 

À la scène nationale de Sceaux, théâtre Les Gémeaux – Sceaux

Du mercredi 15 janvier au mardi 21 janvier 2020

mercredi, jeudi, vendredi, samedi, lundi et mardi à 20h45

dimanche à 17h.

Au Théâtre de Semur-en-Auxois le 23 janvier 2020

Au Théâtre du Gymnase – Bernardines Marseille

Du 3 au 7 mars 2020

Au Théâtre Marigny – Paris

Du 11 au 27 mars 2020

Au Théâtre des Capucins – Luxembourg

Du 22 au 23 mai 2020

 

 

Visuels : ©Mirco Magliocca

 

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Zoé David Rigot

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