Théâtre

A L’Odeon, la mise en scène magistrale de Thomas Ostermeier sauve le texte plat de Dämonen

09 décembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Thomas Ostermeier présente jusqu’au 11 décembre Däemonen , une pièce de l’auteur suédois Lars Norén. Les méandres du couple sont mis en scène à la perfection par le roi du genre.

Frank, 38 ans, et Katarina, 36 ans, s’aiment et ne peuvent plus se supporter. «Ou je te tue ou tu me tues, ou on se sépare ou on continue comme ça. Choisis !». Elle prend une douche , il rentre tard, hurle sur elle pour une étagère brisée. Très vite, on comprend que le sac qu’il tient comporte les cendres de sa mère qui seront enterrées le lendemain. Dans l’appartement ultra design où trône un siège poilu improbable à 8000 euros, tout tourne. Le vélo dans sa cage en verre, le tourne disque et le décor surtout.

La scénographie sied parfaitement au propos d’un couple qui tourne en rond depuis 9 ans rythmé par les menaces de séparations violentes ponctuées de réconciliations hystériques. A couple à fracas , il faut des voyeurs. Pour se faire, Franck et Katarina invitent les jeunes parents de l’étage du dessous, Jenna et Thomas. A eux de s’ émerveiller devant l’espace contemporain du bel appartement et de glisser peu à peu dans les hurlements et les tensions du couple. Les voyeurs, ce sont aussi les quatre cameras qui filment le plateau, nous permettant de traverser les murs en profitant de détails captivants.
La mise en scène de Thomas Ostermeier résonne avec celle de la Maison de Poupée présentée en 2004 à Avignon au Théâtre Municipal. Il était alors le premier artiste associé du festival, sous la première mandature des actuels directeurs. Alors qu’avec le texte d’Isben il avait offert une version totalement remaniée où le plateau tournant faisait grimper la tension jusqu’à l’insupportable, ici, le discours porté par des comédiens pourtant hors du commun n’atteint jamais une réelle tension dramatique.

Et pourtant, dans ce vaudeville berlinois contemporain, tout parait être là pour être tenu en haleine. Un homme semblant distant à la mort de sa mère, sa femme qui reste alors que rien ne la retient, un couple au bord de la crise de nerf, dépassé par les enfants trop jeunes. Des tromperies et des scènes de ménage à la pelle. Mais rien n’y fait, ni le décor beau à pleurer, ni les comédiens au jeu incroyable, ni les strip tease de Katarina, ni les chaleurs de la voisine, ni la drague gay de Franck, ni le coup de foudre du voisin pour katarina, non plus les fourmis envahissantes. La traduction du texte enlève les nuances, nous faisant perdre la perversité et le cynisme du discours qu’on devine à la scénographie
Reste l’une des plus belle mise en scène du directeur artistique de la Schaubühne de Berlin et c’est largement suffisant pour aller voir ce spectacle.
Dämonen, [Démons] en allemand surtitré, de Lars Norén – mise en scène Thomas Ostermeier, THÉÂTRE DE L’ODÉON 03 Décembre 2010 > 11 Décembre 2010, Tel. +33 (0)1 44 85 40 40, jusqu’au 11 décembre, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20H00. Tarifs : 36,5 €
© Arno Declair

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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