Théâtre

A Dijon, l’édition 2018 du Festival en Mai accueille une joyeuse pluralité à couper le souffle

A Dijon, l’édition 2018 du Festival en Mai accueille une joyeuse pluralité à couper le souffle

29 mai 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Le festival Théâtre en Mai consacré à la jeune création se propose de vérifier chaque année la vivacité de celle-ci. Dans cette veine, la programmation offre un appétissant panorama, dont quelques pépites. 

Le festival Théâtre en Mai se veut un rendez-vous essentiel dans le paysage théâtral français. Les jeunes compagnies y trouvent un espace d’expression précieux entre exigence, bienveillance et échanges. Elles rencontrent par ailleurs un public assidu qui honore de sa curiosité la marche des organisateurs de l’événement. Chaque édition du festival est accompagnée classiquement par un artiste partenaire. Cette année le parrain est le Théâtre du Radeau déjà présent lors des premières éditions et qui revient, avec Laurence Chabe, François Tanguy et les comédiens fondateurs de la compagnie. Ils présentent en ouverture leur dernière création Soubresaut.

Nous avons pu voir quelques-unes des pièces programmées.

Céline Champinot, après le succès de VIVIPARE propose sa nouvelle création, La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable. La pièce accuse l’injonction biblique du croissez multipliez de constituer l’origine du danger écologique. Très proche de la traduction de André Chouraqui le texte remplace Jérusalem par Shanghai. Il tente ainsi d’éviter sans y parvenir de se transformer en une disputation new-look d’une inquisition où la nouvelle religion écolo-vegan-altermondialiste aurait remplacé l’ancien catholicisme, le judaïsme une fois de plus accusé de tuer le prophète. Peu nous chaut de ce salmigondis de militantisme radical donc simpliste. Le geste ne parle pas à l’âme. Il est un show truculent où le talent est toujours là, la cause du genre aussi. La troupe à l’énergie bouillonnante assure un spectacle haletant au milieu d’une joyeuse apocalypse.

Hallucinante aussi, elle justifie à elle seule tout le festival, la pièce de Paul Francesconi, Fargass Assandé et Odile Sankara. Ils créent Mon ami n’aime pas la pluie un spectacle hypnotique bouleversant multi couches dont chaque strate nous explose à l’oreille et à l’âme.

David Geselson programme ces deux dernières créations, En Route Kaddish et Doreen. Dans En Route Kaddish, l’auteur se livre pour détricoter le conflit israélo-palestinien. Il traverse et la réalité de la construction de l’Etat juif sur les zones désertes, et le tragique destin des villages arabes abandonnés en 1948. La dernière scène est une querelle salutaire sur l’origine du conflit entre les Juifs palestiniens et les Arabes palestiniens, avec au loin les doutes et la culpabilité de l’auteur, héritier de cette histoire lourde.

Ce que je reproche le plus résolument à l’architecture française, c’est son manque de tendresse de David Farjon souffre d’une construction scénique encore immature et d’un discours  sur les quartiers et leur ghettoïsation que l’on croyait hors d’usage. Reste qu’au milieu de cette arrogance de la jeunesse, les comédiens au grand cœur sont impliqués et le final est enthousiasmant.

FKRZICTIONS LA PIECE de Pauline Ringeade est certainement la proposition la plus paradigmatique du festival. Adaptée de textes du nouvelliste déjanté russe Sigismund Krzyzanowki, la pièce additionne les défauts quant à sa cadence ou à ses répétitions. Mais si la pièce est en devenir, elle est à voir car elle réussit à nous enchanter. Et nous repérons cette disposition qui construit à son rythme le talent.

Notons enfin que le génial Khereidinne Lardjam vient au festival avec Mille Francs de récompense, son réquisitoire hugolien et rock and roll contre la société à deux vitesses. On entend le texte de Victor Hugo et on retrouve avec bonheur le personnage du repris de justice Glapieu dans une joyeuse création.

Jusqu’au 3 juin. D’autres pièces sont à découvrir dans le programme à consulter ici.

Visuel : © Vincent Arbelet

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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