Spectacles
« Sound of music », plus triste tu meurs !

« Sound of music », plus triste tu meurs !

06 octobre 2015 | PAR Christophe Candoni

L’artiste néerlandais Yan Duyvendak orchestre une comédie musicale dans laquelle une jeune troupe chante et danse pour conjurer le sort apocalyptique de notre civilisation. Avec Christophe Fiat aux textes et Olivier Dubois aux chorégraphies, le spectacle s’annonçait plus que prometteur mais il déçoit.

Il n’y a rien de plus plaisant et salvateur que de rire de nos malheurs. Des problèmes que rencontre la société actuelle, tous sont passés en revue, les désastres politiques, économiques, écologiques, humains… C’est la crise ! Dans le catastrophisme ambiant, l’art paraît plus que nécessaire pour agir et rendre fort et lucide. Le music-hall et les cabarets en plein essor dans les années 20/30 puis pendant la deuxième guerre mondiale, n’offraient-ils pas, derrière l’insouciance et l’excitation débridées d’un divertissement festif et léger, une tribune politique à la portée critique et contestataire mordante ?

Sound of music qu’a conçu Yan Duyvendak voudrait s’inscrire dans cette ligne-là mais il n’a pas l’audace et l’irrévérence de ses modèles. La paillette, le strass et le lamé ne masquent pas l’immense vacuité de la proposition qui cède avec un goût plus que douteux aux sirènes du formatage commercial d’un vulgaire show télé. Aux antipodes de l’insolent courage et du désir pas farouche de réenchanter le monde, tout est triste, laid, bouffi de sérieux et de prétention dans le spectacle. En plus de son apparition sinistre et pontifiante en cours de représentation, l’artiste défend dans le programme de salle une démarche qui prend soin d’éviter toute ironie… Il affiche sans complexe l’ambition de faire une pièce brechtienne et ne propose qu’un concentré de sous-culture pop mondialisée, du prêt-à-porter donc, à commencer par la création musicale, une soupe inaudible qui se situe entre Céline Dion et Justin Bieber. Les chanteurs et danseurs à la plastique uniforme ultra-publicitaire passeraient presque pour leurs faux sosies. Incontestablement, ces artistes venus de Broadway ont du talent et font admirablement le job mais, à l’exception de la remuante scène finale, un mouvement de foule en ébullition portant la griffe du génial auteur de Tragédie, tout manque de caractère, de nerf et de nargue, de joie aussi.

Sound of music, c’est l’anti Jérôme Bel en quelque sorte. Ce dernier lançait la saison des Amandiers avec un Gala généreux et transgressif où tout avait vocation à sortir du moule, des codes, des normes alors que là, tout est niais et figé, conformiste et complaisant. A part ça, « All right » dit la chanson.

photo © Sébastien Monachon

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
theatre_nanterre_amandiers

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *