Danse
Re : Incarnation, le nouveau spectacle bouillant d’énergie de Qudus Onikeku

Re : Incarnation, le nouveau spectacle bouillant d’énergie de Qudus Onikeku

18 janvier 2021 | PAR Mahaut Adam

Quelques journalistes ont eu la chance d’assister ce vendredi au tout nouveau spectacle du chorégraphe nigérien Qudus Onikeku, Re : Incarnation. Dix jeunes danseurs et danseuses s’y réapproprient l’énergie des années 60-70 dans un spectacle original construit autour de la philosophie Yoruba et le concept de réincarnation. De quoi bien recommencer l’année 2020…

Tournoiement de couleurs et de rythmes endiablés, entre dance-hall, hip-hop et électro, la création de Qudus Onikeku nous prend aux tripes pour nous faire voyager au cœur de Lagos, une ville nigérienne brûlante de jeunesse et d’énergie. 

Une performance visuelle 

Les quelques images ci-dessus représentent fidèlement l’arc-en-ciel qu’était la création d’Onikeku. Du rose, du bleu, du rouge, du jaune, ça n’en finissait pas de dégouliner de couleur et d’illuminer l’obscurité de la salle. Les costumes, choisis par Wack Ng, sont autant de taches de couleurs et de matières qui composent le spectacle, tour à tour brillant d’un reflet doré ou apaisant le décor de sa douce teinte rosée. A la fin, c’est le noir qui engloutit la scène, lorsque chaque danseur se recouvre d’une peinture noirâtre qui ressemble à du sang séché. C’est le moment de la mort, celui où les âmes se mettent à danser dans l’obscurité, à peine éclairés par des faisceaux de lumière.

Ces jeux de couleurs et de lumières ne servent qu’à une chose : embellir les corps. Ces corps qui se meuvent d’une façon extrêmement étonnante, qui semblent se métamorphoser parfois en oiseau, en diable, puis en corps inhumain, en muscle. Ces corps qui ondulent et qui flottent sur la musique, remplis d’une énergie qui nous happe au dehors de nous-même, car nous n’en avons plus l’habitude, nous qui passons des heures au bureau ou sur notre canapé. Cette énergie nous emporte loin, vers les rivages de notre enfance, lorsque nous nous agitions dans tous les sens sans n’être jamais fatigué.  

Un univers musical foisonnant 

Cette énergie de l’enfance est aussi crée et supportée par l’univers musical, écrit et joué sur scène par Olantunde Obajeun. Un musique composite, à l’image du foisonnement musical du Nigéria. Inspiré des racines de l’afrobeat, cette création musical est revisitée par le dance-hall, le hip-hop et même l’électro. Résultat : le public est littéralement engloutit par la scène et sa présence sonore, noyé dans les voix orchestrales et les basses puissantes. Il oublie sa vie et pendant un court instant, il oublie la maladie, les masques et la distanciation sociale ; il n’y a plus que ces corps dansants au rythme des arpèges entraînants. Cette énergie, cette force vivifiante, et rien d’autre. 

 

                                           

Naissance mort et réincarnation 

A l’enfance succède la vie, l’amour, la construction de l’être, les événements, les rencontres, les découvertes et enfin, la mort. Alors que tous les danseurs se sont tous recouvert d’un noir visqueux, ils entament chacun leur tour la danse de leur réincarnation. Une danse où chacun semble se défaire de leur ancienne vie, de leur peur, de leur désir. Ils transcendent leur être, brûlent et exorcisent leur passé, se purifient de l’intérieur par le mouvement de leur danse.

Parfois effrayante, cette chorégraphie a le mérite de déstabiliser et de rappeler qu’il existe une infinité de philosophies et de religions : celle du chorégraphe, la philosophie de Yoruba, perçoit l’espace-temps de manière cyclique et non linéaire et imagine la mort comme une renaissance. Or, c’est ce mélange de passé et de présent, de racines musicales et d’électro, de mythe antique et de mise en scène contemporaine qui met cette idée-là en acte : le temps tourne sur lui-même et chaque chose est vouée à se réincarner en autre chose. 

La création était prévue initialement à la Biennale de la danse de Lyon en septembre 2020 puis reportée les 13 et 14 janvier au Centre Georges Pompidou à Paris. Elle sera en tournée de janvier à juin 2021, dont les 8 et 9 juin 2021 à la Biennale de Lyon. 

En attendant, c’est à voir en ligne le mercredi 27 janvier à 19h sur le site internet du Centre Pompidou et  pour suivre le direct rendez-vous ici : https://www.centrepompidou.fr/fr/videos

Visuel :©DP – photos d’Ayobami Ogungbe

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Mahaut Adam

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