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The Great Tamer, le génie sombre de Dimitris Papaioannou dompte le Festival d’Avignon

The Great Tamer, le génie sombre de Dimitris Papaioannou dompte le Festival d’Avignon

20 juillet 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour The Great Tamer, le metteur en scène grec Dimitris Papaioannou convoque l’Olympe et Kounellis dans une quête d’identité en noir et blanc, aux allures d’une tragédie qui se nourrit de beauté. Une bombe.

La terre des dieux est aride, rien n’y pousse. L’espace est glissant, gris, et des planches jonchent ce sol immense qui occupe toute la largeur du plateau de la FabricA. Les apparitions vont commencer.  On pense à Roméo Castellucci qui dans ses premières pièces posait comme cela, des personnages,  et les donnaient à voir comme on regarde une peinture. La comparaison est aussi possible car Dimitris Papaioannou est artiste peintre et dessinateur de bandes dessinées. Il est sur les scènes depuis trente ans, et pourtant, et enfin, il présente son travail au Festival d’Avignon pour la première fois.

Il y a un homme seul. Une petite table plus haut et une paire de chaussures. Il va se déshabiller, retourner une planche qui devient blanche, s’allonger dessus. La position est « plage » mais quand un autre le recouvre d’un drap, il devient un cadavre. Un jeu de boucle se met en place : l’un installe le drap, l’autre par un coup de vent le soulève. L’humanité ne tient donc qu’à un souffle, et ce n’est ni Tiago Rodriguès, ni Israël Galvan, qui diront le contraire.

Pavlina Andriopoulou, Costas Chrysafidis, Ektor Liatsos, Ioannis Michos, Evangelia Randou, Kalliopi Simou, Drossos Skotis, Christos Strinopoulos, Yorgos Tsiantoulas et Alex Vangelis vont être les pantins de cet étrange ballet. Il s’agit d’un cirque où l’on marche sur les mains, les pieds ayant pris racine et vu pousser des herbes. Les minotaures ne sont pas loin et les bêtes faites de trois corps avancent vers nous, fières. On voit des choses folles, comme des jambes séparées de leurs bustes pour être avalées dans un trou.

L’image est ultra chic. Ils sont en costumes, elles en talons, tous en noir. Ils déambulent, chutent, coulent et disparaissent portés par « An der schönen blauen Donau, Op. 314 » de Johann Strauss II. Par touches, sans aucun fil narratif, Dimitris Papaioannou dit les impossibilités à être ensemble. Il convoque Millet et ses champs de blé, Rembrandt également.

Il nous rend captifs, accrochés à ces images qui passent par le beau et la forme pour dire le laid. C’est d’une puissance rare. Le metteur en scène détourne des numéros classiques du cirque, comme la contorsion pour imposer des figures picturales démentes. Il est un magicien qui sublime de petites choses (un faux bras en métal), qui efface les mots pour faire parler les images.

Magnifique.

Présenté à Avignon jusqu’au 26 à la FabricA, le spectacle sera repris à Paris du 20 au 23 mars,  dans la programmation hors les murs du Théâtre de la Ville,  à la Villette.

Visuel : (c) Julian Mommert JCM

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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