Performance

La Poupée de Zoé Duchesne articule une heure de condition féminine au Sentier des Halles

La Poupée de Zoé Duchesne articule une heure de condition féminine au Sentier des Halles

21 octobre 2018 | PAR Yaël Hirsch

En scène Simone et Soisic Belin ont proposé ce 20 octobre 2018 à la plasticienne Zoé Duchesne de poursuivre l’exposition qu’elle propose en ce moment à la galerie Marguerite Milin par une performance autour de la figure centrale de son art : La Poupée, sous titrée « Ou l’injonction à la féminité ». Une heure d’ironie, d’audace et d’effroi révélant des vérités premières sur la condition féminine. 

Mannequin, actrice, sublime, Zoé Duchesne chausse une perruque blonde, un rectangle de rouge à lèvre vermillon qui déborde, un collant transparent qui la coupe en deux et des culottes de poupées superposées, de la couche à la fente de sang, en passant pas la frange de poils. Entourée de toute une série d’accessoires de poupées sur la scène du Sentier des Halles, elle fait vivre le personnage de ses photos et fragments vidéos pendant près d’une heure. Et rien ne lui fait peur : ni le talon unique pour une démarche chaloupée, ni la crème du gâteau d’anniversaire bâfré à même la cuvette rose des toilettes, ni taper dans la fourmilière avec un balais, ni montrer ses seins et ses jambes, ni même materner un fœtus.

Avec l’injonction à la féminité, elle semble avoir l’habitude de tout cela, mais cela la rend triste, tellement triste, qu’au rythme de la musique bourdonnante (et c’est pire quand elle est festive !), on a envoie de pleurer avec elle de, tant de confinement dans une apparence clownesque et artificielle, semble un sacerdoce absurde.

Et pourtant, elle se  rebelle, cette poupée de Hans Bellmer 2.0 retranscrite en direct live sur facebook et instragrameuse influente. Elle tente d’exprimer sans un mot (si, en fait, un seul à la fin qui tombe comme un couperet) son aliénation. Et oui l’on sent la révolte de ce personnage poupoupidou triste à la Miet Warlop (lire un ou deux de nos articles sur cette performeuse), mais avec pour seules armes des grimaces et des cris, elle semble comme tétanisée dans sa sculpturale beauté.

Glacial, arrêt sur image probant, un film organique est projeté en noir et blanc au début et à la fin qui semble donner en noir et blanc aqueux l’électrocardiogramme de la Poupée : quasi-nue, prostrée, étranglée, recroquevillée. Une image originelle très violence qui révèle beaucoup sur l’injonction et crée un malaise important. Difficile de dialoguer après une telle explosion de violence, mais il y a fort à parier que l’on reparla de cette « Simone » dérangeante qu’est La Poupée de de Zoé Duchesne.
visuels : affiche  du spectacle

Sarah Crépin et Etienne Cuppens rendent un hommage délicieusement fantomatique à Bejart
BRUT d’émotion, au carrefour de la danse, de l’acrobatie et du théâtre
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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