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« Les Os Noirs », ou le suicide exprimé en trois actes

« Les Os Noirs », ou le suicide exprimé en trois actes

20 avril 2018 | PAR Sarah Reiffers

Phia Menard et la compagnie Non Nova sont de passage à Angers dans le cadre du festival CIRQUE[S] avec le spectacle Les Os Noirs, petit bijou poétique angoissant et angoissé sur le thème du suicide.

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Les Os Noirs, comme la plupart des spectacles de Phia Ménard, ne cherche pas à raconter le réel. Au contraire il s’appuie sur les sentiments : propose une série de tableaux sensoriels pour évoquer des émotions, des souvenirs, des sensations. Les Os Noirs se vit donc différemment selon chacun; s’interprète différemment, s’offre comme un support sur lequel chaque spectateur est invité à se projeter. L’expérience en est presque cathartique. Mais pour que cela fonctionne, le support doit être suffisamment riche et évocateur. Et c’est bien le cas ici.

Les Os Noirs se construit sur cinq tableaux regroupés en trois actes. Visuellement, on se régale de la première seconde à la dernière : s’appuyant sur le clair-obscur, Phia Ménard investit tout l’espace disponible et plante son unique interprète, la fabuleuse Chloée Sanchez, au milieu d’un océan en colère, d’une forêt sinistre, d’un champ de bataille, ou encore l’emprisonne carrément sous une sorte de croute terrestre. Toujours le corps humain devient minuscule, se perd dans la grandeur du décor, qui (littéralement) l’étouffe et l’ensevelit. Il n’est, au fond, que rarement libre. Et en résulte un sentiment angoissant d’oppression, qui accompagne souvent les pensées suicidaires.

Pour créer ce spectacle, Phia Ménard s’est inspirée de femmes célèbres, fictives ou non, « en proie au désir mortel » (Note d’intention). Elle mentionne Ophélie, Virginia Woolf, Camille Claudel, Léopoldine Hugo ou encore Jeanne d’Arc. De ces femmes, on retrouve quelques bribes ici et là : la majestueuse noyade du premier tableau, la terre étouffante du deuxième acte, l’agonisante carbonisée du dernier. Ces femmes, dont les morts spectaculaires sont devenues quasi-légendaires et ont servi à maintes reprises de source d’inspiration, hantent Les Os Noirs telles des fantômes, lui murmurent à l’oreille des vérités et s’assemblent pour tisser toute une écriture du suicide. Pour la sublimer, Phia Ménard peut compter sur de multiples prouesses de la technique et sur son interprète, la jeune marionnettiste Chloée Sanchez. Devenue pour le coup marionnette humaine manipulée par le désir de mort, elle se livre corps et âme, fait preuve d’une énergie débordante et d’une présence impressionnante. Elle porte et incarne, en un seul regard ou un seul cri, tout un langage de la haine et du désespoir.

Visuels : ©Jean-Luc Beaujault / ©Phia Ménard

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