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Miet Warlop, Maud Le Pladec et Yelle font la clôture de « Jeunes gens modernes » à Orléans

Miet Warlop, Maud Le Pladec et Yelle font la clôture de « Jeunes gens modernes » à Orléans

03 février 2019 | PAR Yaël Hirsch

Pendant Trois jours le Centre Chorégraphique National d’Orleans (CCNO) rendait hommage aux »jeunes gens modernes » du punk et de la cold wave des années 1980 en plusieurs performances et une expo proche de celle qui a eu lieu à la galerie du jour d’Agnès b. en 2008.

Nous avons assisté à la clôture du festival ce samedi 2 février qui a emmené dans les sillages de trois jeunes femmes puissantes et déjantées : Miet Warlop, Maud Le Pladec et Yelle. Choc des univers et constance de la boule à facettes !

Alors que la veille, Frànçois sans son Atlas Mountain rendait hommage à la poésie du «  No Future » avec un spectacle sur Les fleurs du mal au CCNO, ce samedi soir a commencé à la très moderne scène nationale d’Orléans encore en travaux. La grande salle du Théâtre proposait une performance “bruitiste” de la flamande Miet Warlop avec un trio de guitare-basse-batterie (Joppe Tanghe, Wielse Tanghe et Tim Coenen) et un précieux acteur pour tout bouger sur la scène pleine à craquer de Fruits of Labor.

Tout débute comme aux meilleures heures du disco: la pénombre, un petit riff de guitare blues qu’on sent près à s’emballer et en hauteur sur un socle en polystyrène blanc, Miet Warlop tourne sur elle-même en robe lamée comme une boule à facettes. La musique commence et ne s’arrêtera pas avec ses textes déjantés « Fucking flower » ou « Embarrassing ». Entre les deux et le temps qui Miet Warlop se change pour une combinaison noire, nous avons droit à une très visuelle symphonie de batterie pour un seul musicien en clown naïf. Chaplin : Sors se ce jeune corps de rocker ! Un petit moment d’opéra moqué, un faux air de corrida où Miet Warlop pique le polystyrène comme un taureau, puis les piques servent de clous a un Jesus Superstar délicieusement revisité. La suite est assez poétique : un peu la plage au sol, avec du sable qu’on aspire d’un immense doigt surréaliste et beaucoup les Grandes Eaux de Versailles où les jets font de la musique en tombant sur le sol et les percussions. S’ensuit une très belle reprise du « Unchained Melody » des Righteous Brothers, qui moque Ghost en enroulant du tissus autour d’un tour de poterie- grandeur nature. Et puis un final de Miet Warlop un peu mélancolique terminé à la trompette : “Tell me/ Is this my world / Where I belong?”. Un monde partagé et un grand moment de surréalisme belge.

Quelques pas plus loin, le CCNO nous attend, avec son expo et sa scène elle aussi parée de la boule à facettes et la scène occupé par un DJ pour la suite du programme. Au mur : des couv’ d’albums et venant des platines, un subtil rappel de qui étaient les « Jeunes gens modernes ». En effet, en 1980, la revue Actuel publiait un article de Patrick Zerbib intitulé « Les jeunes gens modernes aiment leurs mamans ». Un titre qui moquait la nouvelle scène française de l’époque on l’on trouvait du punk et du cold wave, Jacno, Marquis de Sade, Kas et Taxi Girl … La lumière se tamise, sauf sur le podium central. T-shirt rouge dans un pantalon noir, la directrice du lieu, Maud Le Pladec, propose un solo où elle aussi tourne sur elle même comme une boule à facettes. Puis la vibe l’emporte: les muscles du dos bougent, puis tout le corps et c’est beau et c’est intense et c’est fascinant. On atteint au mythe dans « Ça plane sur moi » absolument bluffant.

La transition est aussi douce que possible et une dizaine de danseurs entrent en scène avec leurs plots de step. Eux aussi ont leurs T-Shirt rouges un peu larges rentrés dans leur jupe ou leur pantalon. Et puis leurs baskets blanches. Dès que Yelle les rejoint en minijupe rouge pailletée (qu’elle enlève pur un mini short toujours rouge) : nous savons que nous allons danser. Et le répertoire sucré et impertinent de la chanteuse de « A cause des garçons », « Interpassio » ou « Complètement fou » se glisse bien dans le lit et la danse un de Jacno et Daho. Le public est très vite debout à hurler et danser, à suivre les mouvements quand Yelle dit vouloir enseigner « Faire des ronds avec son bassin ».  Mais l’hystérie totale arrive avec « Je veux te voir » et une invitation à venir danser au centre de la scène avec les performeurs.

Ce très énergique samedi soir la plus jeunes des petites filles modernes devait avoir trois ans et elle a dansé comme une folle avec Yelle et ses parents ! L’exposition, elle dure jusqu’au 8 mars.
Visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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