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Livraisons d’été des Subsistances, à Lyon : tout est possible !

Livraisons d’été des Subsistances, à Lyon : tout est possible !

27 juin 2013 | PAR La Rédaction

En ce début d’été, les Subsistances de Lyon livrent quatre créations, produites ou coproduites dans ce « laboratoire international de création artistique ». Danse, théâtre, cirque mais aussi une exposition et une guinguette viennent animer les quais de Saône jusqu’au samedi 29 juin. Dans cette émulation artistique, ces courts spectacles ont en commun un goût pour l’impossible et l’indicible et la tentation de la liberté. Preuve en trois spectacles.

Sans titreHors cadre

Pour le collectif d’artistes Loge 22, la liberté s’acquiert longuement et dans le dépouillement. Dans le spectacle Comme étant de l’émiettement, seul un immense cadre envahit l’espace dans lequel évoluent les danseurs, Julien Monty & Michael Pomero. Mais de quoi ce cadre est-il le signe ? Le collectif explique avoir été influencé dans la mise en scène par le travail d’Aurélie Nemours, inspiré par son minimalisme et la contrainte qu’un décor épuré impose. Car, finalement ce cadre vide ne fait que recentrer le regard du spectateur sur les corps en mouvement, ces entités qui évoluent plus qu’elles ne dansent. Au commencement, la structure de bois est à terre, grâce à des cordes, les deux hommes la soulèvent un peu puis la laissent bancale avant de l’élever tout à fait pour ne laisser qu’une scène nue. Le cadre, comme une norme sociale qui contraint, est envahissant, lourd et difficile à écarter. Mais ces deux hommes, bien que seuls, s’accompagnent dans leurs mouvements, attentifs à l’évolution de l’autre. Finalement, Comme étant de l’émiettement pourrait être la mise en scène d’un paradoxe entre la violence d’un cadre et la douceur de la relation humaine. La musique expérimentale de Fabrik accentue encore le mystère et l’inquiétude qui règne dans cette métaphore.

Vidéo :

Quand nos vies se confondent

A l’inverse de ce dialogue taiseux, Pierre Baux ne cesse de parler dans la pièce Le vent dans la bouche, créée par le comédien et Violaine Schwartz, auteur du roman éponyme publié en mars dernier chez P.O.L. Seul sur scène, l’homme incarne Madame Pervenche qui incarne Fréhel. Madame Pervenche est présidente d’une association qui milite pour le rapatriement du corps de la chanteuse de l’entre-deux-guerres du cimetière de Pantin à celui de Montmartre où elle connut la gloire. De cette nuit d’ivresse et d’insomnie, Pierre Baux, travesti, fait un long monologue. Madame Pervenche se confond tant avec Fréhel qu’elle ne sait comment conter sa vie et leurs deux désespérances se confondent. L’homme travesti, la femme idolâtre, la star déchue et disparue dans l’indifférence, les solitudes se rejoignent et le comédien pleure à son tour, boit, exulte : « Il y a beaucoup de trous dans la vie des gens, beaucoup de peut-être ». Mais la performance de l’acteur, l’humour du texte, la désespérance du personnage remettent « l’inoubliable inoublié », Fréhel, et toutes les autres solitudes, au centre de la scène, le temps d’une pièce au moins.

Pleurage et scintillement

Dans une salle opposée des Subsistances, on pleure et on scintille aussi mais d’une autre manière. Un jour Julia Christ a offert un recueil de photos d’Anders Petersen, Café Lehmitz, à Jean-Baptiste André et ils conçoivent ensemble un spectacle à la croisée de la danse, du cirque et du théâtre. Pleurage et scintillement est l’histoire d’une rencontre maladroite dans un café empli de chaises contre lesquelles le circassien Jean-Baptiste André se cogne et s’appuie pour rejoindre la danseuse Julia Christ. Dans cette pièce, tout est juste : la maladresse des personnages, leurs pas perdus et leurs acrobaties pour approcher l’autre. La musique même (Françoise Hardy, Nina Simone, Moby, Cat Power…) n’est pas là pour divertir le spectateur. Plus qu’un accompagnement, elle ralentit (le pleurage est la déformation au ralenti du son) et s’accélère (le scintillement est la déformation en accéléré du son) à mesure des sentiments des personnages.

De cet échantillon des Livraisons d’été, on retiendra que les Subsistances passent de la pluridisciplinarité à une interdisciplinarité, gage d’une émulation artistique réussie. C’est aussi sûrement cette audace dans la création – voir des circassiens danser, des comédiens chanter et des danseurs performer – qui donne ce sentiment de liberté.

Claire Teysserre-Orion

Infos pratiques
Les Subsistances – 8 bis quai Saint Vincent – 69001 Lyon
Livraisons d’été – du 26 au 29 juin 2013
4 Spectacles
– Pleurage et scintillement / Jean-Baptiste André & Julia Christ – Association W – Danse / Cirque – mercredi 26 et vendredi 28 à 21h45, jeudi 27 et samedi 29 à 19h – Durée : 1h10
– Comme étant de l’émiettement / Collectif Loge 22 – Danse – mercredi 26 et vendredi 28 à 19h, jeudi 27 à 22h15 et samedi 29 à 23h30 – Durée : 45 inutes
– Le vent dans la bouche / Pierre Baux & Violaine Schwartz – Cie Irakli – Théâtre – mercredi 26, jeudi 27, vendredi 28, et samedi 29 à 20h15 – Durée : 1h20
– Prélude à l’agonie / Compagnie du Zerep – Théâtre – mercredi 26 et vendredi 28 à 20h, jeudi 27 à 20h30 et samedi 29 à 21h45 – Durée : 1h30

Infos pratiques

Le théâtre de l’Anagramme
Espace 44
les_subsistances

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