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[Live-report] Festival Do Disturb 2017, les performances qu’on n’a pas manquées !

[Live-report] Festival Do Disturb 2017, les performances qu’on n’a pas manquées !

22 avril 2017 | PAR La Rédaction

Alors que le festival Do Disturb fête son 3e anniversaire au Palais de Tokyo, le concept de réunir en un même lieu des dizaines de performances sur la durée et en simultané est toujours aussi bouillonnant, vivant et irrésistible. Présent tout le week-end, Toute La Culture a vu une bonne partie des performances ; voici celles qui nous ont marqués.

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Le bonus ? Une nuit de performance ce 22 avril au Yoyo avec les 15 ans du festival Nuit Sonores de Lyon, qui s’allie à Mutante pour faire entendre le son de Calling Marian, Portable (Live), Veronica Vasicka et Powell.

En 2017, le caractère international de Do Disturb ne se dément pas : après avoir invité des grandes institutions l’an dernier : le MoMA PS1 (New York), la Tate Modern (London), le Matadero Madrid, le Centre National des arts plastiques (CNAP, Paris), the 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine (Metz, France) et le Berghain (Berlin), c’est vers les Festivals que Jean de Loisy s’est tourné : Actoral (Marseille, France) avec Miet Warlop, Thomas Mailandaer et Alexander Vantournhout, Camping – CND Centre national de la danse (Paris, Pantin, Lyon – France) avec Lorenzo de Angelis, Santarcangelo Festival avec Silvia Gribaudi et Francesca Grilli. En plus des Festivals, des projets permanents accueillent les visiteurs, ainsi que des performances iténérantes. Le résultat est une kyrielle de performances qui vont de 15 minutes à une heure, où les sons se brouillent, où l’on rit, réagit, commente, s’assied par terre, où les poussettes passent.

Nous devions « passer » au vernissage vendredi soir. Nous y sommes restés … cinq heures, et autant le lendemain !

1. Miet Warlop Superstar
Sur une proposition du Festival Actoçral, la performeuse belge que nous avons récemment appréciée en amazone à l’ouverture de l’exposition Yves Klein a Bozar (Bruxelles) habite avec une féminité plus que contrariée la Grande Rotonde du Palais pour une performance qui s’intitule « Nervous Pictures ». Le matériel est soigneusement mis en place : une table, une brosse sur trépied, une jambe en plâtre et un baquet blanc en plâtre. Comme à son habitude, Warlop fonctionne en tableaux qu’elle décale et dévore en Penthésilée. Ici, c’est carrément du Bellmer quand elles se hisse sur la table, body noir, une jambe sportive en collant et reebook noire, l’autre en collant de plâtre et rebook blanche. En silence – ni mots ni musique du début à la fin, elle joue avec sa troisième jambe de plâtre comme une poupée blasée. Et pourtant le duckface qu’on devine derrière la tignasse lisse ne dure pas : le plâtre c’est lourd et ça fatigue. La suite – que nous n’allons pas spoiler- est magnifiquement orchestrée dans un équilibre subtil de concentration sur son sujet, de surprise, d’attentes contentées et de mis en danger. Miet Warlop a cette fulgurance : réinventer tous les codes du surréalisme et les mettre en mouvement pour parvenir à porter littéralement sur le spectateur la sensation très concrète que notre société plombe la femme de clichés. (20 minutes)

2. Le travail d’ethnologue, de professeur et de sueur de Rochdi Belgasmi.
Le danseur tunisien Roschdi Belgasmi parle avant de danser. Passionné, excellent professeur, il commence à nous expliquer le titre du spectacle « Zoufri ». Il s’agit de l’ouvrier, au sens péjoratif du terme en Tunisie pour qualifier le danseur alors que où la danse – les danses- étaient/sont mal vues par la bourgeoisie. Habillé d’un pantalon bleu et d’une ceinture autour de la taille. Il présente et danse de toutes ses forces les pas « ouvriers » et folkloriques de chaque région de son pays, en finissant par la Capitale. Magnifique danseur, happé par ce travail ethnographique de titan qu’il nous présente comme un cadeau, Belgasmi a l’intelligence de perfectionner son message jusqu’à nous l’apprendre physiquement : le public est amené à entrer dans l’espace scénique. Et à essayer de répéter les mouvements de hanches communs à plusieurs de ces danses tunisiennes, avant de réellement danser. Quand on ressort du spectacle, « Zoufri », n’est plus une injure, mais une sorte de diplôme que Belgasmi nous remet pour fêter la beauté de danser. « Montez » vraiment sur scène, c’est accessible à tous et festif. (40 minutes)

3. Sufragette City, la force politique de Lara Schnitger
« A dress is not a yes », « A no is a no », « We should be worried » : les cris des suffragettes de la néérlandaise Lara Schnitger résonnent avec une acuité effrayante dans un 2017 où Trump, Erdogan, Poutine, et Orban sont au pouvoir et passent à l’acte dans des pays où le cheminement vers l’égalité hommes-femmes semblait acquis. Les décors : drapeaux, banderoles, totems de lingeries de soie, sont absolument magnifiques. Entre deux manifestations, ils restent posés aux murs du niveau -1, comme s’ils formaient le décor naturel de cette édition de Do Disturb. (30 minutes)

4. L’énergie de Boris Dambly (RE:c).
Avec « Blind Boxing Brides », le plasticien Belge et le collectif Re:C font une proposition efficace et vitaminée. Une quinzaine de performeurs de tous âges et tous genres sont habillés de robes de mariées blanches trop longues et de gants rouges. Ils ont les yeux bandés de noir et attisés par des présentateurs, arbitres et musique survoltés, ils doivent boxer comme des souris folles, en trois round, jusqu’à ce que le meilleur gagne. Le résultat est tout à fait « what the fuck » et le public adore. (30 minutes)

BLIND BOXING BRIDES from Boris Kish on Vimeo.

5. Haltérophile : les offrandes dansées de Lorenzo de Angelis
Il n’est pas loin de 22h quand la rotonde du Palais de Tokyo voit arriver cet objet incongru : des chaises. Soit, on prend place. Pour voir la première création du magnifique danseur Lorenzo de Angelis, Haltérophile. Le pièce dure 1h30, souvent sans musique et le danseur se jette dans le cercle créé par les chaises comme dans une arène. Taureau un peu fou, il propose un spectacle fait de parties très travaillées, très « dansées », d’impro pure et d’interaction généreuses avec les spectateurs assis. Un à un, il nous parle, nous offre son corps, ses mouvements, son souffle. Il demande en retour aussi : de le protéger, de l’accueillir dans son giron pour un peu de repos ou de lui prêter son sac ou sa bouteille d’eau. Le temps n’est pas long dans cette conversation dansée et parlée, où chacun est aussi renvoyé à lui même, comme si ses propres émotions se reflétaient sur le beau corps tendu vers lui du danseur. Le spectaclese termine par un acmé de mouvements libérateur sur une version électro de la musique de Georges Delerue pour Le Mépris de Godard, et l’on sort de là méditatif, empli et songeur. (1h30).

Lorenzo de Angelis – Halterophile (teaser) from Charleroi Danses on Vimeo.

6. ANECKXANDER : l’autoportrait élastique et torturé d’Alexander Vantournhout

Au cours d’un solo saisissant de force et de beauté, l’artiste belge retient toute l’attention par la bizarrerie de son corps fin, long, souple, désarticulé. Plutôt que chercher à dissimuler le caractère anticonventionnel de son instrument de travail délié et contorsionné, Alexander Vantournhout l’affiche dans une nudité totale et perché sur des talons compensés. Sur de simples mélodies d’Arvo Pärt au piano et munis de gants de boxe, il se confère un aspect à la fois combatif et vulnérable. Le danseur se plie, se tord et s’étire, casse et creuse les lignes, les reliefs, les contours en arborant un regard lui-même désorienté. Son étrangeté est empreinte d’une délicatesse profonde et sensible. Il suscite une regard empathique et douloureux, tant ses mouvements paraissent heurtés, ses élans contrariés, jusqu’à s’infliger des chutes au sol d’une rudesse fracassante. On reverra cette prestation à la fin du mois de mai à l’occasion des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis .

7. A Slow Dance without name : la séduction fauve de Jacopo Miliani

L’artiste agite langoureusement ses bras derrière un paravent noir laqué qui ne laisse rien deviner du corps qui se cache derrière et se dévoile petit à petit pour finalement s’offrir au public en simple slip jaune doré et baskets. Souvent au sol dans des postures sportives et provocantes, l’artiste italien de 38 ans, Jacopo Miliani, traîne une silhouette lascive aussi séduisante qu’endurante. Pendant trois heures, il s’anime, à la fois calme et impétueux. Tel un faune brun et lumineux, les yeux malins, les cheveux ébouriffés, la barbe négligée, il joue, défie, séduit, hypnotise. Sa performance se donne dans un espace confiné en toute intimité. Inspirée de la gestique propre au strip-tease mais revue et corrigée dans un cadre antispectaculaire très épuré, elle est d’une sexitude absolue.

Dans les dédales du Palais de Tokyo enveloppé d’une fine nuée de brouillard qui donne à ses épais murs de briques et de béton une dimension presque irréelle, un groupe d’hommes et de femmes entonne un chant choral, des poètes sur rollers déclament des vers, des couples se câlinent autour d’une feuille de palmier, on médite et on s’agite sous le regard de créatures iconoclastes, volatiles ou chien-sandwich.

Vous l’aurez compris, tous publics étant conviés la seule bonne excuse pour ne pas passer du temps au grand Palais ce week-end, c’est la ferme volonté de ne jamais être dérangé par la création et l’interrogation.

Yael Hirsch et Christophe Candoni 

Du 21/04/2017 au 23/04/2017

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La Rédaction

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