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Julie Louart : « Le format de l’escape game offre une porte d’ouverture vers les sujets controversés que peuvent être la place des femmes, la politique, et la lutte contre les injustices. »

Julie Louart : « Le format de l’escape game offre une porte d’ouverture vers les sujets controversés que peuvent être la place des femmes, la politique, et la lutte contre les injustices. »

11 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Julie Louart est la fondatrice de Des CriArts, une compagnie qui porte une attention particulière au théâtre performatif, inclusif et participatif. Nous l’avons rencontrée à l’approche de la date d’une de ses nouvelles créations  « ARMONS-NOUS VEUILLEZ ÊTRE LEURS ÉGALES IL EST TEMPS », un escape game féministe, qui se tiendra le 27 mars prochain aux Frigos (Paris XIIIè) le cadre du festival Femmixité. Elle revient dans cette interview sur l’évolution de la compagnie et la genèse de ce projet engagé.

Quand a été créée la compagnie des CriArts ?

Nous avons fondé La compagnie en mai 2009 avec Mathieu Lourdel, que j’ai rencontré au Cours Florent. Nous avions présenté en travaux de fin d’étude notre première création, Terres Mortes de Franz Xaver Kroetz. Celle-ci nous avait permis d’avoir deux prix décernés par les Cours Florent. Ce qui nous a encouragé à rependre la pièce et à monter cette structure. Nous avons poursuivis notre travail sur des textes d’auteurs allemands : Barbe bleue, espoir des femmes de D. Loher, Trust de F. Richter et L’Éveil du printemps de Wedekind (joués au Théâtre de Menilmontant, Théâtre de l’Opprimé et Théâtre de Belleville // Festival Plein Feu Sur la Jeune Création et Festival Scèn’Expo Paris) en passant par Copi. Nous avons mis en scène des commandes de jeunes auteurs : Epic Failure de J.Hess. (jouée à La Brèche, au Théâtre de Verre et au Festival Les Nantivales). En 2016, nous avons travaillé sur deux créations : La Mouette/ Comédie en 4 Actes, inspirée de La Mouette d’A.Tchekhov (jouée à La Villa Mais d’Ici) et ADN de D. Kelly (résidence à La Ménagerie de Verre, Paris et à la MUE à Caen). En 2017, nous nous sommes attaqués à Une Iphigénie, autour des oeuvres classiques d’Iphigénie d’Euripide et de Racine, où ils collaborent avec des artistes de rue et des danseurs (sortie de résidence à La Distillerie et au Théâtre des Franciscains à Béziers, représentation au Théâtre de Ménilmontant) et Au Bout du Couloir à Droite d’Aurore Jacob. (résidence à la Ménagerie de Verre, au centre d’Eaucourt, représentation au centre contemporain de Malaga). En 2013 la compagnie crée son propre cours de théâtre, Les Cours CriArt’ists, (enfants et adultes), associé à la Maison des Métallos, au Théâtre Mouffetard, au Théâtre de l’Odéon, au Théâtre de la Ville et au Théâtre de la Villette. Puis organise son premier festival Le Vivier, festival artistique populaire social et éducatif en Septembre 2019 Nous travaillons actuellement sur des projets performatifs en passant d’expérience sociologique comme To Be Or Not, à une série électronique librement inspirée de L’Odyssée d’ Homère Ô et enfin ce projet d’ escape performative féministe Armons-nous Veuillez être leurs égales Il est temps.

 

Pourquoi les CriArts ?

La compagnie cherche à offrir une autre vision du théâtre, et à s’affranchir des règles du théâtre classique. Sa ligne directrice est la prise de risque, découvrir ou redécouvrir la vision de l’auteur à travers différents moyens d’expressions et médias (vidéo, masque, danse, arts plastiques, musique…) Rendre l’âme visible avec les « crayons de notre époque ». Elle cherche à témoigner de sa génération. A mon sens, le divertissement doit être un moyen, et non un but. Il doit permettre de questionner le public sans leçon de morale, de travailler sur le sensible, de chercher de nouvelles possibilités, de partager. L’expérimentation, la recherche, le dépassement de soi sont pour moi les maîtres-mots du théâtre. Je suis inspirée par le travail de recherches collectives, sur le sensible. Evoquer le travail des sens, chercher ailleurs. Je privilégie le langage corporel et le langage scénique, j’explore l’organique dans le texte. « Je voudrais faire un livre qui dérange les hommes, qui soit comme une porte ouverte et qui les mène où ils n’auraient jamais consenti à aller, une porte simplement abouchée avec la réalité. » Artaud, L’ombilic des Limbes .

 

Est-ce que votre compagnie travaille uniquement les escape game ou avez vous une appétence pour les formes participatives ?

J’ai une perpétuelle envie de découverte d’auteurs, de textes, d’univers. J’aime explorer, prendre des risques, m’aventurer… J’ai toujours chercher à ce que le public soit actif. Dans Une Iphigénie Il a le choix d’être à la fois témoin, acteur et maître du jeu. Comme dans un jeu de rôle ou une émission de télé-réalité, il est décisionnaire du destin des trois «héros». Tout l’intérêt de ce spectacle étant basé sur le jugement, nous demandons au public d’être «la voix» qui offrira la vie ou la mort. Lui et seulement lui peut décider d’offrir ou non la vie à Iphigénie ou Eriphile. Dans A.D.N. un travail d’investigation a été mise en place avec un groupe d’adolescents. Ce qui nous intéresse est leur vision de l’avenir, et leur manière d’appréhender ce texte avec leurs expériences, leur fragilité, leur folie, leur fougue et leur innocence. Le public a donc toujours été au centre de nos créations. Depuis l’année dernière je me suis penchée sur des formes plus abstraites, expérimentales, de l’ordre de la performance et de l’immersion pour questionner la notion de vérité dans l’art et la forme qu’elle « doit » prendre. Le public est alors devenu sujet de réflexion sociologique. Il est important pour nous que le public se sente concerné.

 

En quoi la représentation théâtrale participative est-elle différente d’une représentation classique ?

Concernant ce projet le but était de rendre plus « ludique et accessible » le thème abordé : la politique. La politique reste un sujet toujours difficile à appréhender et la plupart des personnes ne se sente pas concerné. Certaines générations ne se trouvent pas impliquées et donc « illégitime » de donner leur avis. L’escape a pour objectif d’ouvrir le monde obscur de la politique à toutes les générations confondues, de mêler le jeu à la performance théâtrale pour offrir à chacun une porte d’ouverture vers les sujets controversés que peuvent être la place des femmes dans la politique, leur lutte infatigable contre les injustices. Ici, ils se sentent concernés car acteurs, décisionnaires et porteurs d’une cause commune : sauver les femmes. L’idée est que chaque membre du public tous différents soient ils, que leur opinion diverge ou non doivent se concerter et réunir leur idées pour une seule et même cause.

 

Quel est l’axe de ce jeu, de cet escape game ?

La base de cette exploration était de présenter des textes (discours, lettres) de femmes, ayant pour axe la politique. « Ne devenez pas des dames d’oeuvres, ne vous endormez pas dans les ouvroirs. N’oubliez pas de ramener le féminisme sur son vrai terrain , la politique. » Marguerite Durand (journal la Fronde) 1864-1936 Dans notre société, il reste malheureusement un clivage énorme dans différents domaines entre les femmes et les hommes. La politique a toujours été un milieu où la légitimité des femmes est sans cesse remise en question. Il est étonnant et de voir le nombre impressionnant de femmes depuis des siècles qui ont pris la parole à ce sujet, qui ont marqué leur génération par leurs mots, leurs actions et qui aujourd’hui passent aux oubliettes. Ce projet met en lumière ces femmes, ces actions, ces mots, ces LUTTES. Nous ne parlons pas de LA femme mais des femmes sous toutes leurs formes. Nous redéfinissons la notion de féminité. Il est important et nécessaire de se nourrir de notre héritage pour éviter que notre dystopie Citoyennes, veuillez être leurs égales. Il est temps ne devienne réalité. L’axe n’est que LUTTE-ENGAGEMENT-LUMIÈRE.

 

Concrètement, comment s’échappe-t-on chez vous de façon symbolique de cet escape game ?

Pour s’échapper de cet escape, il faut aider les Amazones (groupe de survivantes révolutionnaires et recluses aux Frigos) à trouver le bon discours et le meilleur moyen de rassembler les populations pour prendre la rue et organiser un coup d’état afin de remettre les hommes et les femmes sur un point d’égalité. Ici, nous sommes dans une dystopie : en 2045 les femmes ont été éradiquées de la surface de la Terre. Elles sont soit tuées soit esclaves ou encore « vaches à lait ». La notion de femme en tant qu’être humain ayant des droits est totalement effacée. Ce groupe de résistantes armées des paroles et de la lumière de leurs ancêtres ainsi que de la rencontre et de l’engagement du public vont hacker les réseaux de communication et donner voix/voie à toutes les femmes. Symboliquement si le public s’échappe c’est pour, on l’espère, continuer à s’investir pour un monde plus juste et se sentir légitime de le faire. « Femmes, libérez -vous des morsures de la peur pour vous tenir debout, droites et fières, non comme des lianes agrippées et dépendantes, mais comme de grands arbres aux racines solides ! Une femme seule peut grandir, se déployer et faire croître toute une forêt. » Talisma Nasreen, Femmes, manifestez-vous ! 1991

 

Visuel : Affiche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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