Performance

Jours merveilleux au Festival Trente Trente à Bordeaux : Vendredi.

Jours merveilleux au Festival Trente Trente à Bordeaux : Vendredi.

31 janvier 2019 | PAR Eriksen

Trente Trente, festival du specatcle vivant, initié et porté par Jean-Luc Terrade accompagné de sa compagnie de théâtre, défend à Bordeaux depuis sa création en 2004 une programmation des formes courtes hybrides et pluridisciplinaires.  Cette année encore notre passage au Festival fut l’occasion de découvrir dans une ambiance contributive quelques pépites du spectacle vivant. 

Retour à Bordeaux pour la 16e édition de Trente-Trente, du 18 au 31 janvier en Nouvelle Aquitaine (Bordeaux, Limoges, Boulazac (Périgueux), Bégles, le Bouscat, Cognac, Pau). Avec des installations et des formes courtes de danse, performance, cirque, musique, cinéma et théâtre, J L Terrade réveille nos sens et perturbe nos esprits.

Vendredi soir le parcours commençait fort, par Farci.e de Soror Darabi (Iran/France) au Glob (Bordeaux). Il faut du temps, un fil, une entrée, pour voir autre chose que des simagrées dans les mimiques du personnage. L’acteur est un homme adulte ; sa gestuelle est féminine, enfantine, clichée, et empêchée comme par un handicap physique qu’elle contournerait avec grâce et affectation. Une pièce aux néons tristes avec une table et une chaise ; deux bouteilles d’eau et un tas de feuilles dactylographiées à l’encre bleue. Il ou elle aspire notre regard et scrute nos réactions aux « bêtises » qu’elle fait et aux oeillades qu’il lance.

Pour en parler, la langue française navigue d’Il à Elle et de Elle à Il, alors qu’ « en farsi  il n’y a pas de genre », nous indique la notice du spectacle. Mais n’attendez pas une conférence de linguistique : comme le tas d’écrits sur la table, la référence au langage est un leurre, ou la farce de Farci.e . Après moult maladresses plus ou moins volontaires, le tas de feuilles est devenu une pâte bleuâtre qu’il ou elle malaxe, caresse, titille, avale, régurgite, avec une sensualité brute et délicate, et une une curiosité d’explorateur. Nous lisons sur son visage la caresse de l’eau qui dégouline, l’inquiétude des feuilles froissées, le plaisir d’avoir la bouche pleine et d’en ressortir lentement le contenu. Pas très ragoûtant ? Certes, mais il émane une liberté particulière de cette exploration en tous sens de son univers restreint.

On poursuit à la Manufacture CDCN (Bordeaux), avec la prophétie des Lilas de Thibaud Croisy (France), pour un de striptease mental. Le réel est plus riche que la fiction, soit. Mais exposer sa vie de manière documentaire, non réinventée, est-ce encore du spectacle vivant  ? Face aux photos et aux mails de sa mère, on est à la fois tenu et rebuté entre curiosité et voyeurisme. Jusqu’où nous emmènera-t-il dans l’intimité familiale ? Jusque dans le lit de sa mère ? Jusque dans les spermatozoïdes de son père ?

La Performance consiste, d’une part à narrer, un peu comme le ferait Zweig, sa rencontre avec un individu exceptionnel – ici l’accoucheur de sa mère et de lui-même –, tandis que d’autre part la gardienne elfique de sa mémoire rétentionnelle fait défiler une série d’objets sous un rétroprojecteur.

Malheureusement la rencontre ne tient pas ses promesses, et ne reste qu’un collectionneur de lui-même qui garde, thésaurise, conserve, retient, jusqu’à un kyste opéré, pour la restitution duquel il tanne le monde.  A sa décharge, la mère semble baigner dans un individualisme boboïde et sans affect, de nature très houellebecquienne.

Bref, la générosité n’est pas à l’ordre du jour, ni entre les protagonistes ni envers le public dont la marge de liberté est très réduite, sauf identification.

Dans le hall du même lieu, Ersilia de Alvise Sinivia (France). Des fils limitent une sorte de ring à trois côtés, dont les coins sont des cadres de piano en position verticale. Si l’on caresse un fil, il transmet ses vibrations aux deux cordes sur lesquelles il est attaché et produit une harmonique particulière, plus ou moins consonante. Voilà pour l’instrument.

L’instrumentiste, c’est le danseur. La danse devient cause de musique ; les gestes se traduisent en sons. Jouant sur la tension des fils qui modifie les tonalités et sur leur rugosité qui saccade le son comme un doigt glissant sur une vitre embuée, l’artiste nous dévoile progressivement la richesse de son instrument. Il frôle Hicthcock ou le flamenco, sans tomber jamais dans la reproduction et la démonstration de son incroyable talent.

Gros travail et riche idée, en partie fruit d’une résidence à la villa Médicis (à voir sur YouTube).

Merveilleux ou énervant, il y a toujours du grain à moudre avec Trente-Trente ! Bravo Jean-Luc Terrade.

Crédit Photos : ©Mehrdad Motejalli

Her, clap de fin …
Jours merveilleux au Festival Trente Trente à Bordeaux : Samedi.
Eriksen

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