Performance

« Festen »: la pépite du Collectif MxM débarque au CDN d’Angers

« Festen »: la pépite du Collectif MxM débarque au CDN d’Angers

12 janvier 2018 | PAR Sarah Reiffers

Cyril Teste et le collectif MxM reviennent au CDN Le Quai d’Angers avec Festen, une adaptation du film de Thomas Vinterberg. Une performance glacée, esthétiquement parfaite, qui s’amuse à briser l’illusion théâtrale en même temps qu’elle la renforce. Hier soir, la salle (comble) du Quai était aux anges, et nous aussi.

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Après Nobody, créé en 2013 et adapté de textes de Falk Richter, qui s’attaquait à la brutalité du monde de l’entreprise, c’est vers une structure plus petite mais potentiellement tout aussi violente que le collectif MxM se tourne: la famille. Les Klingenfeldt, famille danoise bourgeoise, se retrouvent pour célébrer le soixantième anniversaire du père. Tous s’efforcent de garder à distance le souvenir de Linda, l’une des enfants, qui s’est récemment ôtée la vie. Mais c’est sans compter sur son frère jumeau Christian, bien décidé à déterrer les secrets du passé et à rendre justice.

En s’emparant du film de Thomas Vinterberg, œuvre capitale de la Nouvelle Vague danoise réalisée en 1998, Cyril Teste et le collectif MxM continuent leur réappropriation d’œuvres et de textes à travers la performance filmique. Sur scène théâtre, performance et cinéma se mêlent et s’harmonisent: Festen est tourné, réalisé et monté en temps réel par des techniciens évoluant sur le plateau et en régie. Deux spectacles, et non pas un, sont donc donnés à voir en simultané, le premier assuré par les acteurs sur scène, le deuxième projeté en direct sur un écran. Le regard que porte le public sur la scène, imité par la caméra, lui est ainsi renvoyé: l’écran nous donne à voir ce que l’on voit déjà, ouvrant la voie à une réflexion subtile sur le théâtre et le cinéma, et plus particulièrement sur la fabrique de l’illusion.

Parce que les acteurs s’adressent ici et là aux techniciens et au public, parce qu’est montré aux spectateurs ce qui est censé rester caché (l’envers du décor, le processus de création), Festen abolit les frontières du théâtre et du cinéma. Mais de par la disposition de son décor, s’étalant de face sur toute la scène, ainsi que par l’utilisation d’illustrations olfactives, Festen appelle à une immersion totale de ses spectateurs. Si bien que l’on se retrouve parfois presque gêné d’être là, spectateur-voyeur d’un drame familial plongé au plus profond de l’intime. Ce paradoxe, ce mélange de création et de destruction de l’illusion, donne à une performance qui n’aurait pu être qu’une très jolie coquille vide (le décor est somptueux, la lumière excellente, les comédiens tous aussi talentueux les un que les autres) une profondeur bienvenue.

On se souviendra longtemps, sans aucun doute, de ce huit clos parfaitement maîtrisé, bourré d’émotion qui va crescendo jusqu’à l’explosion finale, d’autant plus puissante qu’elle se fait dans le silence.

Visuels: Simon Gosselin

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