Performance

Et la Performance inventa le 4.0

Et la Performance inventa le 4.0

01 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

#onsenfout ? A voir l’absence d’allusion et de présence d’interactivité digitale dans les spectacles de performance, on pourrait le penser. Et si cet art-là était en avance ?

D’abord, commençons par un rappel. La performance c’est cet art à la frontière du muséal et du spectaculaire qui dans les années 60 a commencé a bouger les lignes. On parle d’action panting, on voit la papesse du genre, Marina Abramovic se tenir immobile des heures durant dans une salle de musée.

On le comprend rapidement, il n’y a performance que dans l’interactivité. Que Jan Fabre simule une orgie sanguinaire, très bien, mais si cela ne suscite pas jubilation pour les uns et dégoût pour les autres, cela associé à une réaction physique des spectateurs, il n’y pas, à notre sens, performance.

Quand on regarde dans le retro, on est bien à la peine pour trouver des téléphones ou des connexions internet dans ce genre de pièce. Au contraire, ici l’objet est acteur, tout comme son absence. La performance peut se faire nu. Souvenez vous du duo Charmatz/Frank Willens dans Sans Titre de Segal qui racontait en gestes l’histoire de la danse contemporaine. Ici, tout élément de décor aurait fait écran.

l’expression ne peut pas être mieux utilisée. Faire écran, c’est bien cela que la débordante Angelica Liddle ne souhaite pas. Ici on éructe, on hurle, on insulte , sur un plateau chargé comme une décharge.

Que signifierait twitter ou facebooker sur scène pour ce genre là ?

Le téléphone ou l’ordinateur devient personnage, comme à chaque fois qu’un objet est présent sur une scène de performance. Ce mois ci, Alessandro Sciarroni présente JOSEPH_Kids, un spectacle pour deux Macs et deux supers héros. Ici, le danseur qui ondule, désaxe, déhanche, en pantalon raccourci et marinière, joue avec la webcam. Le regard se trouble et ne sait plus qui devenu quoi regarder. L’image ou l’homme ?


On se souvient de « Salopes » présenté en seconde partie de @ vu à la Ménagerie de Verre. En une quinzaine de jours, le collectif clair-obscur avait réuni via Facebook une poignée de comédiens. Ils ont été filmés chez eux, via skype. Leurs témoignages sont projetés sur écran, à la façon d’un forum vidéo sur les sites SM-Hard les plus fréquentés de la communauté gay. La scène peut se dérouler, vraiment, immédiatement sur xtreme-gay.com ou gaysm.fr. Nous étions là, nous assis par terre, face à l’écran, à notre droite des comédiens assis, disaient leur réplique hardcore au micro. Frédéric Deslias arrive a brouiller la réalité. La durée de la proposition, 1h15, permet de commencer à douter. Les comédiens sont-ils de vrais internautes chopés sur les sites SM? Les noms sont-ils réels ? Les spectateurs sont-ils des voyeurs? Le projet « @ » dérange et captive en interrogeant la relation et l’addiction au web.

Ce spectacle, nous sommes en 2011, s’inscrivait dans un projet long visant à prendre le net comme objet d’étude artistique. Il était temps pensions nous alors. Mais le futur nous a fait mentir, le web n’a pas explosé dans un miroir déformant de la réalité. Alors qu’il est partout, il est absent des plateaux, ce qui n’empêche pas les performeurs de gérer leur communication de façon moderne. Ici, les réseaux sont un support à l’existence du spectacle, pas à sa réalisation.

Visuels : ©Collectif Clair-Obscur

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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