Performance
[Festival d’Automne] El Conde de Torrefiel, l’art de narrer les possibles

[Festival d’Automne] El Conde de Torrefiel, l’art de narrer les possibles

08 novembre 2016 | PAR Araso

De passage à Paris, le collectif déjanté El Conde de Torrefiel posait les valises de son dernier spectacle «La posibilidad que desaparece frente al paisaje» à Beaubourg du 3 au 5 Novembre dernier, avec le Festival d’Automne à Paris. On y voit des hommes nus, on écoute la voix de Tanya Beyeler et on jubile. 

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On ne peut pas réellement classer le collectif espagnol El Conde de Torrefiel. «Expérimental» laisserait un goût d’inachevé. «Théâtral» ne leur rendrait pas justice. Conteurs, à la rigueur. En dix destinations, le groupe fait un tour d’horizon du monde et rumine les évolutions du monde au travers du regard de figure de proue du monde de la culture. Leur choix s’arrête tour à tour sur Michel Houellebecq, Paul B. Preciado, Spencer Tunick, Zygmunt Bauman, dont le point de vue est rapporté en espagnol par la voix OFF de Tanya Beyeler ou inscrit à l’écran en français.

L’atmosphère trahit un fétiche pour Michel Houellebecq et La possibilité d’une île. Mais quelle île? Une île où des hommes nus posent pour le photographe Spencer Tunick et son énorme projet « Participant » qui s’arrête un instant devant le mémorial de la Shoah à Berlin pour rendre hommage aux charniers. Une île où des hommes toujours aussi nus exhibent leurs pénis aux couleurs de Google dans une performance pour millionnaires blasés à Bruxelles, où Michel Houellebecq paie une prostituée marocaine pour lui raconter sa vision du monde allongé dans une chambre à Marseille, où la foule de Lisbonne se soulève contre la consommation de masse en déambulant au supermarché la tête enfouie dans des sacs plastiques.

A chaque destination, l’effet de surprise est là. Durant la petite heure et vingt minutes que dure la performance, les éléments les plus improbables apparaissent comme par enchantement sur le plateau de Beaubourg, qui n’a jamais semblé si grand. La liste est incomplète et l’ordre pas forcément respecté, mais participent au défilé: un château gonflable, monté puis démonté sous les yeux du public, un caddy rempli jusqu’au plafond de ballons gavés d’hélium, qui traverse tranquillement le plateau, mu par une énergie invisible, un jardin tropical plus vrai que nature, un gong. Sans oublier les quatre interprètes masculins, aussi muets que dévêtus, incroyablement généreux et redoutablement convaincants dans l’exercice difficile du rôle dans parole.

Comme nous l’explique dans la brochure du spectacle Pablo Gisbert, cofondateur avec Tanya Beyeler, dans le processus créatif d’El Conde de Torrefiel «Le texte arrive toujours en dernier». Chaque projet commence avec «Une chorégraphie, une dynamique, une composition de mouvements dans l’espace (…) la couleur du spectacle. Nous ne livrons pas un texte à des acteurs». Et c’est d’ailleurs assez surprenant, tant le texte in fine est bien écrit, tant les mots sont justes, le phrasé assassin «La dégénération vient toujours d’en haut». Plus le sujet est grave, plus le ton est à l’extrême opposé, plus c’est bon. Les dents grincent et on rit de tout, sans même s’en apercevoir.

Visuel © Ainara Pardal

El Conde de Torrefiel
La posibilidad que desaparece frente al paisaje
Au Centre Pompidou du 3 au 5 novembre 2016
Avec le Festival d’Automne à Paris

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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