Performance
« Devenir imperceptible » de Clément Vercelletto : leçon de l’engoulevent

« Devenir imperceptible » de Clément Vercelletto : leçon de l’engoulevent

03 octobre 2021 | PAR Simon Théodore

Samedi 1er octobre était présenté la première du nouveau projet de Clément Vercelletto. Programmée en partenariat avec le TJP Centre Dramatique National de Strasbourg et le festival Musica, « Devenir imperceptible » mêle danse et innovation musicale.

 

La grande scène du TJP de Strasbourg est plongée dans la pénombre. Un objet longiligne, inspiré des tubes d’orgues, est suspendu en l’air. Une terre, faite d’écorces de pins, jonche le sol. C’est en présence de ces éléments et dans ce cadre intimiste que le corps de l’interprète Pauline Simon se distingue en ce début de représentation. Difficilement identifiable, elle se déplace, se meut et agit sur l’univers sonore de la performance grâce à des micros accrochés sur ses chevilles. Pendant près d’une heure, elle sera « imperceptible », ou tentera de l’être, et épousera les planches faussement terreuses.

Dans le spectacle vivant croisant les arts sonores et visuels, il existe au moins deux catégories. Celle dont le sens du projet se dévoile facilement et celle qui doit bénéficier d’une explication au préalable afin de saisir tous les enjeux de la démarche et de profiter pleinement de l’expérience. « Devenir imperceptible » fait peut-être partie de cette seconde. Pour certains, la lenteur du rythme permettra de s’imprégner des sonorités étranges qui envahissent l’espace. Pour d’autres, elle créera une forme de lassitude et une ambiance dans laquelle il sera difficile de s’immerger. Plus qu’imperceptible, Clément Vercelletto propose donc ici quelque chose de difficile à saisir.

Si l’avis peut être divisé lorsque les lumières se rallument, la démarche de l’artiste « multi-tâche » Clément Vercelletto est incontestablement intéressante et passionnante. Musicien et metteur en scène, il a fait appel au luthier Léo Maurel, basé en Alsace, pour créer un instrument inédit : l’engoulevent. Expérimentales, les sonorités qui s’en dégagent sont également parfois proches de celles de la nature, comme un écho à ce sol rappelant le nid d’un oiseau. Entre innovation musicologique et chorégraphie instrumentale, cette création d’un environnement sonore s’avère donc originale et ingénieuse.

En somme, « Devenir imperceptible » de Clément Vercelletto est une performance, tant visuelle que musicale, réfléchie mais parfois difficile d’accès par son rythme. Elle ravira néanmoins les amateurs de lutherie expérimentale et les amateurs d’œuvres chorégraphiques faisant appel à l’imaginaire.

Visuels : © Hélène Robert.

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