Performance
Dans les recoins de la mémoire d’Ely Daou au Kunstenfestivaldesarts

Dans les recoins de la mémoire d’Ely Daou au Kunstenfestivaldesarts

29 mai 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Quelque part au sein de l’immense Kanal, l’antenne bruxelloise du Centre Pompidou, se niche, quand elle n’est pas ailleurs, I…Cognitive Maps – Chapter 1, la très intime performance d’Ely Daou.

Entre 1975 et 1990, le Liban est traversé et détruit par la guerre. En 1986, Ely voit le jour. Il a aujourd’hui 33 ans, il est diplômé en architecture, vit entre Berlin et Barcelone et a fait de son enfance une performance.

Nous sommes assis autour de lui, sur des coussins ou des chaises, lui est en posture japonaise devant un rétroprojecteur. À l’aide des transparents qui faisaient les belles heures des professeurs de lycée le siècle dernier, il projette les plans, tracés de sa main, des appartements qu’il a occupés enfant et adolescent au Liban.

Il raconte, petit coin par petit coin. Il trace des lignes qui viennent symboliser le lit de son frère Georges, celui où son grand père est mort, la fenêtre où il se cachait des yeux de son père pour fumer des cigarettes avec sa mère… À cause de la guerre, il déménage tout le temps. Enfin, ce sont plutôt ses parents qui déménagent tout le temps. Lui est plus occupé à jouer et à se cacher pour faire des petites bêtises.

À travers ses yeux d’enfant réactivés, il décrit avec douceur un immense chaos : toute la famille se retrouve coincée dans un appartement parce qu’un obus est passé par là, mais il n’a pas tellement l’air de s’en soucier tellement c’est devenu normal de déménager tous les six mois en fonction du désastre causé dans le salon.

Juste avec un marqueur noir (et quelques touches rouges et vertes en fonction de l’intrigue !), quelques plans et ses mots, la réalité réapparaît. On imagine très bien la couleur des canapés et l’exacte façon dont les napperons ont été crochetés, et on s’attache de plus à plus à cette histoire partagée.

L’immense force de cette performance toute simple est sa portée universelle. Tous les spectateurs ont été des enfants et tous ont quitté des maisons qui n’existent même plus. Et tous ont des souvenirs flous. Comme lui, il est arrivé aux anciens enfants de confronter les sources, et de demander à ceux qui restent si les détails minuscules qui viennent les secouer sont des mythes ou des réalités.

Un travail documentaire très particulier, dont l’objet de recherche n’était pas en âge de se souvenir exactement des faits. Cela rend le récit encore plus doux, encore plus sensible, et tellement juste.

Visuel : ©Alessandro Sala

Du 29 mai au 1er juin au Kunstenfestivaldesarts

Détail des dates : 29/05 | 18:00 | Kanal – Centre Pompidou 30/05 | 19:00 | Kanal – Centre Pompidou 30/05 | 21:00 | Kanal – Centre Pompidou 31/05 | 19:00 | Charleroi danse / La Raffinerie 31/05 | 21:00 | Charleroi danse / La Raffinerie 01/06 | 17:00 | Charleroi danse / La Raffinerie 01/06 | 19:00 | Charleroi danse / La Raffinerie

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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