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« Danbé » au Théâtre du Nord : un conte puissant pour une jolie soirée

« Danbé » au Théâtre du Nord : un conte puissant pour une jolie soirée

16 janvier 2015 | PAR Audrey Chaix

L’histoire racontée dans Danbé est une histoire vraie : Aya Cissoko, née en France de parents maliens en 1978, est devenue boxeuse internationale au palmarès impressionnant – jusqu’à ce qu’une fracture aux cervicales l’éloigne définitivement du ring. Aujourd’hui étudiante à l’Institut d’Etudes Politiques, elle a co-écrit en 2011, avec Marie Desplechin, une autobiographie qu’elle a nommée Danbé – qui veut dire « dignité » en malinké. La compagnie (Mic)zzaj s’est emparée de ce texte pour créer le spectacle Danbé. Un moment étonnant, entre force et douceur, dans un théâtre devenu écrin d’un conte musical. 

Une rangée de chaises entoure le plateau débarrassé de tout gradin. Dans le vaste espace central, des coussins sont posés à terre. Sur chaque chaise et chaque coussin, un casque. Avant le début du spectacle, une ouvreuse nous invite à nous allonger au sol – et c’est ce que l’on fait. Les lumières s’éteignent, deux musiciens s’installent de part et d’autre du public. Au fond, une jeune femme et un micro. Ambiance sonore inspirée de la musique traditionnelle africaine, lumières tamisées… tout est en place pour que commence l’histoire d’Aya Cissoko, cette fillette née à Paris, dans le 20e arrondissement, de parents venus du Mali. Enfance heureuse, pleine de rires, jusqu’à ce que le malheur frappe la famille. Alors commence une lente descente aux enfers, qui ne s’arrêtera qu’au moment où Aya décidera de serrer les poings pour canaliser sa colère et sa tristesse

Il ne faut pas s’attendre à du théâtre lorsque l’on vient voir Danbé : pendant une petite heure et demie, c’est un conte que nous racontent Olivia Krygel et les deux musiciens, Pierre Badaroux et Laurent Sellier. Une fois passé le premier moment de surprise, on se laisse happer avec plaisir par cette belle histoire – celle de l’intégration d’une famille venue d’Afrique en France, et Aya Cissoko le clame avec force : elle est française, elle est parisienne, droite héritière des poulbots du début du siècle – Aya Cissoko, française originaire de Ménilmontant et non du Mali. Ses ancêtres africains relèvent pour elle du domaine de l’intime, et c’est comme enfant de la République qu’elle se réclame.

Surtout, c’est la voix d’Aya Cissoko, incarnée par Olivia Kryger, qui frappe l’auditeur : isolé du reste de la salle, il est totalement immergé dans l’histoire, en lien direct avec la conteuse qui semble ne parler que pour lui. Une autre façon d’expérimenter le spectacle vivant, qui porte un petit côté régressif alors que l’on a le sentiment d’être revenu à l’heure de la sieste en maternelle, bercé par la voix de la maîtresse qui nous racontait une histoire. Sauf que là, il n’est pas question de dormir : l’histoire d’Aya Cissoko est bien trop poignante pour ne pas l’écouter de bout en bout, oreilles grandes ouvertes.

Tournée 2015 : le 3 février au Théâtre des 4 saisons à Gradignan, le 6 février au Centre culturel de Ramonville, le 9 février à Urrugne (64), le 5 mars à la salle Cap d’Aulnay-sous-Bois, le 10 avril au Festival Cornegidouille à l’Espace Soutine de Lèves (28) …

Photo : © Emmanuel Riouffol

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