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Cinérama, voir ou être vu ?

Cinérama, voir ou être vu ?

04 octobre 2016 | PAR La Rédaction

 

La terrasse du café de l’Auberge de jeunesse de la rue Pajol (Paris 19) est pleine. Une cinquantaine de personnes sont équipés par le Staf du 104 d’un boitier et d’écouteurs. Tout le monde attend avec son verre. Tant mieux car il fait assez chaud et il y a beaucoup de soleil en ce samedi 1er Octobre. On est chanceux car la veille, une séance a du être annulée à cause de la pluie.

Des tests sonores sont effectués. Le contrôle des billets a lieu à la place. Nous sommes bien au théâtre sans vraiment y être. Drôle de décors : pas de scène, pas de gradins, pas de rideaux. Pas de sens ou regarder non plus car les spectateurs sont assis par quatre autour de tables. Une voix dans les écouteurs nous dit qu’il faut chercher les deux premiers personnages. Ce sont des scénaristes qui tentent d’écrire un long métrage en s’inspirant de personnages qui passent dans la rue.

Ca y est, le public les distingue. Tout le monde regarde la même direction. Les « acteurs-scénaristes » font des commentaires sur d’autres personnages dans la rue. Le public hésite et ne comprend pas tout de suite. Les frontières entre chaque partie prenante sont poreuses : quel passant est acteur ? Le public qui se tourne toujours comme un seul homme vers ce qu’il faut voir en fonction de ce qu’il entend n’est il pas lui-même le spectacle des simples passants dans la rue qui se demandent, parfois à haute voix « Mais qu’est ce qu’ils regardent ?» Un enfant sur son skateboard en est tellement perturbé qu’il tombe par terre. De simple passant il est à son insu devenu acteur le temps d’un instant. Le scénario décrit les différents plans-séquences du projet de film. Traveling, des détails sur les arbres, les immeubles. On est dans les dessous de l’écriture d’un scénario.

Des allusions à Scorsese, Tarantino, Truffaut. « Le cinéma, c’est plus fort que la vie ». Là c’était le cinéma dans la vraie vie ! Finalement, ce sera une histoire d’amour avec un peu de désespoir. Une erreur policière tragique. Mais comme on est dans l’écriture d’un scénario, on reprend l’histoire quitte à rejouer des scènes quand les acteurs-scénaristes ne sont pas satisfait du résultat.

 Il meurt ? Trop tragique.

On reprend la scène sans qu’il ne meure. On retrouvera les différents personnages dans différents points de la place : sur l’esplanade, dans le café d’en face.

Tout à coup, une voix sollicite notre attention : Les deux acteurs sont en face, dans l’immeuble d’en face au troisième droite. La  fenêtre est ouverte. Le public est guidé par la description du traveling de la caméra imaginaire.

Une autre scène a lieu dans un autre appartement, dans  l’immeuble d’à coté. Un peu plus tard, Une bagarre éclate ! Les passants ne comprennent pas si ils doivent intervenir ou non. Puis c’est une course poursuite à laquelle on assiste, d’abord à pied, puis carrément en voiture. Vrai crissement de pneus. L’acteur policier a le corps hors de la voiture pendant qu’elle roule à toute allure. Une vraie cascade !

C’est un spectacle avec plusieurs niveaux de mise en abime, qui crée un nouveau rapport à la scène et au théâtre. C’est une incroyable expérience à vivre comme spectateur. A l’initiative de cette création, Opéra Pagaï. Un collectif de comédiens créé à Bordeaux en 1999 qui se sert de l’espace urbain (à la fois public  et privé) pour créer une « fausse réalité ». Belle réalisation « hors les murs ». « Hors norme ».

Michael SIBONY

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