Performance

Carte blanche à Etgar Keret et Mathieu Amalric au Théâtre de l’Odéon

19 octobre 2011 | PAR Johanna Galis

Le 17 octobre à 20h, le comédien Mathieu Amalric et l’auteur israélien Etgar Keret se sont retrouvés sur la scène du théâtre de l’Odéon, dans une rencontre inattendue.

Deux storytellers: l’un interprète et sait faire vivre par ses lectures, l’autre met d’abord sur mots dans des nouvelles. Mathieu Amalric avait interrompu, pour un soir, son interprétation du Mythe de Faust au Théâtre des Bouffes du Nord, tandis qu’Etgar Keret était à Paris pour cinq jours.
Ils se sont retrouvés pour mettre en scène des nouvelles du nouveau livre de Keret, Au Pays des Mensonges, par une parole qui s’est faite à l’occasion haute et riche d’interprétation.

Sur scène, quatre sièges, des verres d’eau pour ne pas avoir le parlé sec, un journaliste, la traductrice Rosie Pinhas-Delpuech et les deux invités qui ont Carte Blanche. La soirée commence par la lecture d’une nouvelle, Le Poisson d’Or, par  Mathieu Amalric. Le ton est donné: la lecture est fluide, minérale, et le public est conquis comme autant d’enfants qui écoutent un conte moderne. C’est un plaisir de se laisser porter par les mots de l’écrivain interprétés par la voix de l’acteur.
Puis un court-métrage, dans la même veine de la nouvelle, celle du portrait d’un monde désabusé, un homme d’affaires et un sans-abris, deux personnages en pâte-à-modeler qui ne se comprennent pas.

Le journaliste est par la suite un peu perdu par la connivence qui s’installe entre les deux grands invités, Keret dira qu’il n’aura jamais entendu d’aussi belles lectures de ses textes. « Je me suis senti un instant arrogant de fierté! » traduira Rosie Pinhas-Delpuech.

Puis, porté par sa bonne humeur et son art du récit, Keret s’amuse avec le journaliste à raconter des anecdotes sur sa famille, sur comment l’écriture est venue à lui, sur l’armée qui aura été décisive: le public rit, Keret suit une ligne, dans ces moments d’improvisation, celle d’une narration aux détails frisant l’absurde, une narration qui reste cependant bourrée d’espoir. La lecture d’une autre nouvelle, puis une dernière, plus improvisée, précèderont la diffusion d’un court-métrage réalisé par Keret et sa femme, Shira Geffen.

Mathieu Amalric, pour répondre à la question du journaliste qui s’interroge sur cette collaboration d’un soir, essaiera de définir ce qui lui plaît chez les nouvelles de Keret « Il nous décrit un monde absurde qui n’offre pas, comme celui de Beckett, une vision pessimiste de la vie. Il arrive, par l’humour, à nous apporter cette touche magique d’espoir, dans un apparent désordre ».

Dans une atmosphère de plus en plus détendue, marquée par la complicité des deux invités, le public aura pu, l’espace d’un soir, rentrer dans un univers espiègle comme celui de l’enfant, et conscient, comme celui de l’adulte, des déboires d’un monde qui tourne mal.

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Johanna Galis

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