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Ajout au projet, le romantisme noir d’Yves Noël Genod ouvre le festival les Inaccoutumés

Ajout au projet, le romantisme noir d’Yves Noël Genod ouvre le festival les Inaccoutumés

13 novembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En septembre, Yves Noel Genod présentait aux Bouffes du Nord les prémices d’un spectacle, 1er avril qui sera créé à la date éponyme dans ce même théâtre. Et voila qu’il y a peu, il reçoit une proposition indécente  : remplacer au pied levé Jérôme Bel pour faire l’ouverture de l’exigeant festival Les Inaccoutumés à la Ménagerie de Verre. « Ainsi, on ne refuse rien à Marie-Thérèse Allier… » dit Genod.

Sous les paillettes très seventies d’Yves-Noël Genod se cache un sombre héros romantique. Le poème d’ouverture n’est ni de de Nerval, ni de de Musset mais tiré des Fleurs du Mal de Baudelaire.
Si le poème s’appelle Causerie, les dialogues seront quasiment absents du spectacle qui ne sera fait que d’apparitions au cœur d’un plateau pensé comme un cimetière dont les tombes sont une trentaine de projecteurs alignés comme le sont les croix dans les sépultures anonymes.

Ce tombeau au sens littéraire du terme prend l’allure d’un cauchemar à l’esthétique chic.

Un duo de chanteurs lyriques, tout de glamour vêtus, une héroïne longue comme Twiggy ou un danseur tout en cambrures élégantes voient devant eux surgir des faits irréels. Des enfants qui jouent à la réalité, un bébé d’à peine un an jouant avec sa maman, seins nus, vêtue d’un collant et d’un manteau de fourrure.

Le ballet, puisque le mot semble juste, est appuyé par le talent monstre de Philippe Gladieux aux lumières. Il les manipule comme des pantins, offrant une vague ondulatoire entêtante.

Comme dans — oui (— je peux / — oui), Genod ose la disparition, cultivant les noirs théâtraux et, en climax, un sombre jeu d’éclairages devenus les seuls acteurs. Comme à son habitude et pour s’inspirer d’un titre de l’un de ses précédents spectacles, le beau surgit par accident. Par une alternance de ruptures et de jaillissements, on s’enfonce dans un spectacle qui n’a, on le sent, d’autre fin que la disparition. Mais Yves-Noël aime les fins heureuses, et les saluts, assez pour nous empêcher de sombrer.

 

Visuel : (c) Marc Domage

Le festival Les Inaccoutumés se déroule jusqu’au 7 décembre. Les pointures Kasper T. Toeplitz ou François Chaignaud s’y retrouvent.

Infos pratiques

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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