Performance

« £¥€$ », Ontroerend Goed importe son tripot de la Banque Mondiale au Festival d’Avignon

« £¥€$ », Ontroerend Goed importe son tripot de la Banque Mondiale au Festival d’Avignon

12 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La compagnie flamande est pour la première fois invitée à Avignon pour £¥€$, prononcez Lies. Une performance sur le temps, l’argent et la folie du monde à voir à la Chartreuse jusqu’au 14 juillet.

On entre là-dedans un par un. On est invités à rejoindre une table de black jack où se tient debout un genre de croupier. Une fois tout le monde installé et surtout tout le monde présenté, le jeu peut commencer. Ce casino est en fait une place boursière où chaque spectateur est acteur. 

Chacun devient, solidaire à sa table des autres compagnons de route, un banquier. Dans un parcours qui dit parfaitement l’évolution de la relation de l’Etat à l’argent depuis la Seconde Guerre Mondiale nous sommes les pierres angulaires d’un crash inévitable.

L’ambiance est complètement dingue dans ce spectacle immersif. La lumière est tamisée, la musique au départ imperceptible deviendra une techno saisissante. La pression monte en même temps que chaque meneur de jeu parle en stéréo avec les autres.  On imagine bien que cette cacophonie doit être celle de n’importe quelle place boursière.

L’intelligence est, contrairement à des propositions comme celle de Roland Auzet, de ne pas faire cours. Nous sommes les pions, consentants, de la catastrophe. Pire, nous jouons, avec plaisir nous jouons, dans un geste qui rappelle que le jeu de société est une zone de fiction. On peut suivant les règles, devoir mimer, être quelqu’un d’autre, il en est de même pour £¥€$, où implacablement chacun prend sa place à sa table. Comme dans un gouvernement, il y a les libéraux et les conservateurs, les épargnants et les flambeurs, les fraudeurs et les bons élèves. Les affinités se créent et les alliances se font et se défont au gré de l’inflation et de l’avidité d’obtenir le triple A.

Rien à faire, l’appât du gain, même virtuel est grisant. Et comme sauf exception, rares sont les banquiers d’affaires spectateurs du Festival d’Avignon, les choix se font souvent à l’ego plus qu’à la raison.

La performance opère car en deux heures la compagnie nous permet d’entrer dans le monde des tractations financières. En un court instant, nous sommes les maîtres du grand jeu. Le plus fou et le plus juste est bien sûr de saisir que dans la réalité, tout cela ressemble vraiment à un jeu.

£¥€$ est délicieusement subversif et la mise en scène, d’Alexander Devriendt, très bien ficelée, déploie une dramaturgie très efficace. La montée en puissance nous fait passer du jeu à la passion. Comme cela était à prévoir à la lecture du programme du Festival, £¥€$ est, pour l’instant, la proposition dont la forme est la plus innovante.

Avec Aurélie Alessandroni, Emilie Bisetti, Cédric Coomans, Karolien De Bleser, Line Destrait, Aurélie Lannoy, Adrien Letartre, Delphine Mertens, Louise Pascal, Florian Pautasso, Jérémie Petrus, Antoine Plaisant, Mathilde Rault, Marie Van Puyvelde

Jusqu’au 14, à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon à 18h et à 21h. Durée : 1h50

Visuel : £¥€$ – (c)Thomas Dhanens

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