Danse
Performance de Gisèle Vienne : fin de (rave)party

Performance de Gisèle Vienne : fin de (rave)party

29 septembre 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Dans le cadre de son portrait par le festival d’Automne , et en partenariat avec le Centre National de la Danse, Gisèle Vienne signe une performance planante et subversive dans l’espace du collectif Mu à La Station-Gare des Mines. 

Donner à voir les marginaux 

Le sol est jonché de canettes de bière vides, de paquets de chips éventrés, leur contenu éparpillé au sol, de caisses de boissons. Fiche industrielle ?  Lieu de rassemblement « sauvage » ? C’est sale, triste et la berline (celle des parents de l’un d’entre eux ?) ne rend pas le tout plus chic ou élégant. Dans cet espace à la fois très réaliste et dont on peinerait à dire exactement où il se situe, trois jeunes gens dansent, évoluent, se jettent au sol. On assiste à une fin de fête, il n’y a plus qu’eux à avoir la force ou le courage de danser.

La musique se fait entêtante non seulement dans leur écriture propre (Peter Rehberg, Underground Resistance, Vapour Space) que par leur reprise régulière dans la boucle musicale qui se déploie pendant trois heures. Tout est là pour continuer la fête dont on ne sait quand elle a commencé ni quand elle s’achèvera. Mais elle semble avoir un goût amer. C’est la solitude, la tristesse et le désespoir qui semblent planer au dessus de cette fin de nuit. 

Donner à voir les marges 

Gisèle Vienne continue de tracer cette voie singulière qui la distingue d’autres artistes. Elle signe ici une des performances les plus étranges, complexes et exigeantes que nous ayons vues dernièrement. Si la performance s’entend ici dans son acception physique et sportive alors oui, elle est au rendez-vous et répond à nos attentes. En effet, la force que déploie les trois interprètes forcent le respect. Ces trois heures de danse, de sauts, de pogo semblent épuisantes. Mais si l’on entend la performance dans son acception artistique la proposition de Vienne prend alors tout son ampleur. Elle redéfinit, comme elle l’a eu fait avec la frontière entre la marionnette et le vivant, les cloisonnement des arts. L’art performatif s’entend le plus souvent comme une forme qui se refuse au récit, à la fable, aux personnages.

Mais ici, certainement grâce aux textes écrits pour les danseurs par Denis Cooper et dont on n’entendra pas un mot, des figures apparaissent. Celle d’un jeune homme échevelé et seul à mourir, celles de deux jeunes femmes dont le baiser final semble être la seule réponse possible à la solitude. L’espace se fait représentation du réel, les danseurs se font personnages, la performance se fait récit chorégraphié. L’écriture chorégraphique est d’une précision chirurgicale mais, et c’est là ce qui passionne ici, semble pourtant totalement improvisée. Gisèle Vienne brouille les pistes, les arts, les possibles et c’est tant mieux. 

La fête est finie, nue, violente et sale mais elle reste la chance donnée de (se) rencontrer. 

Visuel : © Henrike Stahl & Eric Poupy pour La Station

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Thomas Cepitelli

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