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Orlando et Mikael, les interrogations touchantes de Marcus Lindeen

Orlando et Mikael, les interrogations touchantes de Marcus Lindeen

17 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

Au T2G, le metteur en scène Marcus Lindeen nous invite, dans le cadre du Festival d’Automne, à entrer dans l’intimité de deux personnes singulières. Dans sa Trilogie des Identités, Orlando et Mikael se place comme une pièce documentaire touchante et particulièrement intelligente.

La mise en scène de l’intimité

Marcus Lindeen a créé sur une période de quinze ans trois pièce qui forment désormais ce qu’il appelle La Trilogie des Identités (dont L’Aventure Invisible et Wild Minds). Des spectacles souvent documentaires qui s’interrogent sur nos identités et qui reviennent sur des parcours singuliers, le tout sans jamais apporter de réponses définitives. On retrouve dans Orlando et Mikael les codes de mise en scène de Marcus Lindeen, derrière le rideau de la scène du T2G, les spectateurs se placent dans un petit cercle composé d’estrades en bois. Deux interprètes non-professionnels, Samia Ferguene et Jó Bernardo, interprètent Orlando et Mikael, deux personnes réelles nées hommes qui ont transitionné pour devenir des femmes, avant de refaire le chemin dans l’autre sens.

Marcus Lindeen avait fait se rencontrer ces deux personnes en 2006 pour son documentaire Regretters, et c’est le rejeu de leur conversation qui constitue le spectacle. La traduction de cette conversation du suédois au français a été réalisée par Marianne Ségol-Samoy pour le spectacle. Grâce à la proximité physique avec les interprètes, les deux parcours très différents de Orlando et Mikael apparaissent incroyablement touchants. Des photos et vidéos de lorsqu’ils vivaient en femmes sont projetées sur des plaques de bois. Orlando a réalisé son opération de changement de sexe en 1967, Mikael en 1994. Les photos et vidéos des années 70 d’Orlando sont forcément impressionnantes, et le récit de sa vie et de son parcours, parfois très triste, est toujours raconté d’une voix posée et calme. 

L’échange évolue constamment entre questions très personnelles et  pratiques, et des questions plus vastes sur l’identité, ce que l’on est, et sur la grande interrogation : Peut-on décider de ce que l’on est ? 

Une invitation à rencontrer l’Autre

Le spectacle n’essaie jamais d’apporter de réponses claires aux questions qu’il pose, il cherche plutôt à instaurer « des dialogues motivés par la curiosité plutôt que par le conflit ». En effet les deux individus sont très différents, par exemple Orlando est homosexuel alors que Mikael est hétérosexuel. Souvent en désaccord, ils sont pourtant toujours dans le respect de l’autre. Au moment de la rencontre, Orlando a fait les opérations dans l’autre sens alors que Mikael n’a pas encore réussi à les obtenir.

Les raisons qui ont motivé leur décision diffèrent également, Mikael évoque la possibilité que, ayant été seul toute sa vie, lorsqu’il a transitionné c’était presque une façon pour lui d’avoir une femme à ses côtés. On comprend également que ce changement d’identité était une façon de vouloir repartir à zéro pour eux, de vouloir effacer qui l’on a été pour parvenir à une vie plus heureuse.

Orlando et Mikael abordent des questions très personnelles entre eux, sur les rapports sexuels ou l’aspect pratique des opérations, mais l’on ne se trouve jamais dans une position de voyeur, le spectateur a l’impression, lui aussi, de participer à cette rencontre singulière et toujours respectueuse. Ils ne condamnent d’ailleurs aucunement le fait d’être transgenre, ils le disent eux-mêmes, ils se sont simplement trompés. 

La curiosité nécessaire 

Le dispositif créé par Marcus Lindeen est parfaitement adapté à la démarche du spectacle, il instaure une grande proximité avec le public. La façon dont le réel est travaillé et le jeu excellent des interprètes font que l’on oublie souvent que ce ne sont pas les vrais Orlando et Mikael devant nous. On l’apprend sur les écrans à la fin de la pièce, Mikael a désormais réussi à se faire opérer dans l’autre sens et vit en tant qu’homme, et Orlando est mort en 2016, à 82 ans.

Ce sont deux histoires et deux parcours qui se présentent comme nécessaires d’entendre sur la scène théâtrale. Au-delà des questions de transidentité très actuelles, il s’agit aussi de questions plus vastes sur le Moi, et sur ce que l’on choisit d’être ou non. Mikael s’interroge et se demande avec douleur si ce qui lui est arrivé n’est pas dû à une vie antérieure ratée, Orlando reprend son idée et lui dit que, à l’inverse, peut-être cette vie là est faite pour que dans la prochaine il soit heureux. Le mot de la fin, avant que les deux ne se saluent, est donné très justement par Orlando : « Même si on aura sûrement jamais la réponse à cette question ».

Un spectacle à voir absolument, sur la nécessité de la curiosité et l’importance d’aborder le monde et soi-même en se posant toujours des questions et en ne se fermant pas. 

Informations pratiques 

Au T2G Genevillers dans le cadre du Festival d’Automne jusqu’au 17 octobre. Pour plus d’informations, cliquez ici.

Puis :

Comédie de Caen – CDN de Normandie du 20 au 22 octobre 2022 

Théâtre du Point du Jour – Lyon ENSATT du 1er au 3 décembre 2022

Le Méta – CDN de Poitiers Nouvelle-Aquitaine, 27, 28 janvier 2023

Visuel : Samia Ferguene et Jó Bernardo ©Maya Legos

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Agenda de la semaine du 17 octobre
Adam Defalvard

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