Opéra
West Side Story, fin de saison jubilatoire à l’Opéra du Rhin

West Side Story, fin de saison jubilatoire à l’Opéra du Rhin

30 mai 2022 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra national du Rhin referme avec l’importation, pour la première fois hors des frontières allemandes, de la production de West Side Story réglée par Barrie Kosky et Otto Pichler pour le Komische Oper de Berlin.

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Alain Perroux referme sa première saison à l’Opéra national du Rhin avec une production qui réunit opportunément toutes les forces de la maison, au carrefour des programmations lyrique et chorégraphique. Créé en 2013 à la Komische Oper de Berlin, le West Side Story réglé par Barrie Kosky et Otto Pichler témoigne de la fécondité d’une icône de Broadway au-delà des limites usuelles du genre. Dans une scénographie épurée, habillée par les lumières efficaces de Franck Evin, l’environnement urbain new-yorkais se résume généralement à quelques menus accessoires urbains ou intimes : marquage d’un terrain de basket-ball – avec des dribbles en guise de trois coups auguraux –, étals de l’épicerie de Doc, un lit ou encore un escalier de secours extérieur. Plus que l’immersion dans l’imaginaire américain originel – dont le spectateur peut néanmoins reconstituer des éléments, entre les rythmes et le minimalisme du décor –, la mise en scène prend le parti de la traduction contemporaine de ce Roméo et Juliette moderne, dans la lignée des intentions de Bernstein et Robbins.

De fait, sous les signes vestimentaires de la jeunesse déclinés par Thibaut Welchlin, et la nudité avantageuse des torses des deux bandes rivales, les Sharks et les Jets, c’est la vitalité des chorégraphies qui sculpte l’espace dramaturgique, faisant contraster de manière instinctivement musicale l’énergie souvent belliqueuse des ensembles et les parenthèses sentimentales, au diapason de la partition, avec une attention à la ponctuation émotionnelle, entre autres des silences. Sans céder à la stricte fidélité des revivals, le travail d’Otto Pichler ne rougit nullement de sa dette envers Robbins et son mélange d’athlétisme et de sensualité que les danseurs du Ballet de l’Opéra national du Rhin investissent avec un engagement et un élan communicatifs – on retiendra par exemple le Chino de Marin Delavaud.

L’idiome de l’ouvrage se retrouve non seulement dans cette alchimie entre chant et danse qui ne connaît aucun temps mort, mais également dans la distribution vocale, discrètement sonorisée pour garantir une homogénéité de la balance sonore. Si dans le rôle de Tony, Mike Schwitter correspond idéalement à un certain stéréotype de l’interprétation de comédie musicale, avec une intonation souvent resserrée dans un sourire où la beauté du visage compte autant que celle des notes, Madison Norma offre un profil plus lyrique en Maria, et s’adapte avec intelligence aux codes de Broadway pour livrer une incarnation à fleur de peau. Autour du couple tragique se détachent, dans la foule de personnages qui les entourent et calibrés pour ce type de répertoire, les confidents fraternels, l’Anita généreuse d’Amber Kennedy et le Riff nerveux de Bart Aerts, sans oublier les rôles parlés, entre la figure paternelle de Doc, dévolue à Dominique Grylla, et les officiers de police.

A la tête de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse, David Charles Abell, qui fut l’un des derniers disciples de Bernstein, confirme que West Side Story a toute sa place dans une saison d’opéra. Le public alsacien ne s’y est pas trompé, manifestant son enthousiasme aux saluts.

Gilles Charlassier

West Side Story, Bernstein, Opéra national du Rhin, du 29 mai au 10 juin 2022 à Strasbourg, et du 26 au 29 juin 2022 à Mulhouse.

© Klara Beck

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Gilles Charlassier

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