Opéra
Une Veuve joyeuse par temps de Covid à Avignon

Une Veuve joyeuse par temps de Covid à Avignon

28 décembre 2020 | PAR Gilles Charlassier

Palliant la fermeture au public en raison de la crise sanitaire, l’Opéra d’Avignon a enregistré une captation de sa Veuve joyeuse prévue pour cette fin d’année, dans une mise en scène colorée de Fanny Gioria et sous la direction de Benjamin Pionnier, qui sera diffusée pour le Réveillon du Nouvel An.

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La caméra tournée vers lui, Frédéric Roels présente en quelques mots la nouvelle production de La veuve joyeuse à l’affiche de cette fin d’année à l’Opéra d’Avignon, ainsi que ses vœux pour 2021 aux spectateurs confinés derrière leurs écrans en cette période de crise sanitaire qui se prolonge, et avec une avance propre aux captations vidéo auxquelles le spectacle vivant est en ce moment réduit, faute d’être autorisé à accueillir du public. Grand succès dès sa création pour les fêtes du Nouvel an 1906, l’opérette de Lehar a été adaptée en français dès 1909 par Flers et Caillavet, et c’est cette version que donne Avignon, dans les murs de sa scène temporaire de l’Opéra Confluence, pendant les travaux de son bâtiment historique dans le centre ville.

Fanny Gioria en propose une lecture qui s’autorise, dans les dialogues, quelques clins d’oeil avec la situation actuelle, sans que le visuel ne sacrifie cependant au sordide du réalisme. Les rideaux et décors en trompe-l’oeil d’Eric Chevalier, et plus encore, les costumes dessinés par Erick Plaza-Cochet, privilégient une esthétique chamarrée, et, dans le vestiaire, au tropisme floral plus proche de quelque exotisme tropical que de l’Autriche-Hongrie du compositeur viennois et des danses qui forment le canevas de la partition. Le dédoublement de l’intrigue avec la vie de coulisses se révèle d’une pertinence indéniable dans les circonstances actuelles, dans une nostalgie des planches, sans didactisme mais aux gags et calembours parfois un peu embarrassés, faute peut-être de l’alchimie complice avec un auditoire, qui trouve dans le dernier acte une conclusion non dénuée d’une émotion bien particulière, sous les lumières tamisées de Gaëtan Seurre, qui retrouvent leurs feux pour le final de cotillons, rehaussés par les festifs lancers de jambe du ballet de la maison, auquel la chorégraphie d’Elodie Vella donne un emploi opportun.

En Missia Palmieri, Erminie Blondel affirme un babil souple et séduisant, qui calibre quelques discrètes minauderies pour mieux toucher le Danilo de Philippe-Nicolas Martin, robuste et sensible à la fois, au jeu à l’occasion gourmand. Caroline Mutel résume une Nadia Popoff alerte et aussi théâtrale que son époux de baron incarné par un Guillaume Paire qui n’hésite pas à caricaturer les accents allophones. Samy Camps assume le lyrisme léger et juvénile de Camille de Coutançon. Le reste du plateau forme un kaléidoscope coloré et homogène, où l’on mentionnera, par exemple, les interventions du Figg de Baptiste Joumier, du Lérida de Pierre-Emmanuel Roubet ou du D’Estillac de Jean-François Baron. Avec les choeurs préparés Aurore Marchand, l’ensemble dégage une bonne humeur portée par la direction vitaminée de Benjamin Pionnier à la tête de l’Orchestre national Avignon-Provence. Les rythmes et les saveurs de Lehar seront un excellent viatique pour un réveillon sous couvre-feu.

Gilles Charlassier

La veuve joyeuse, Lehar, mise en scène : Fanny Gioria, Opéra Grand Avignon, captation du 27 décembre 2020, diffusion le 31 décembre 2020

©Studio Delestrade/Avignon Cédric Michaël

 

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Gilles Charlassier

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