Opéra

Une future saison 2019-2020 de l’Opéra de Paris de haut niveau

Une future saison 2019-2020 de l’Opéra de Paris de haut niveau

07 mars 2019 | PAR Paul Fourier

Le programme vient d’être dévoilé et l’Opéra de Paris s’affirme, encore cette année, comme une des institutions les plus en pointe de la planète lyrique. Quant au ballet, il est conforme aux habitudes glorieuses de la grande maison.

Côté opéra : un Ring, des stars et des belles voix, notamment françaises, des chefs, des reprises et probablement du pataquès en perspective avec les mises en scène.

Stéphane Lissner est toujours très attentif à l’excellence des distributions. On doit avouer que, même si ce sont dans des reprises (parfois déjà très vues), son art du casting ne se dément pas. Le chant français est à l’honneur et l’on s’en réjouit, car la grande maison met en valeur ces beaux artistes.
Le directeur de l’opéra est également un homme de théâtre qui fait appel à des metteurs en scène plutôt modernistes pour des productions en général marquantes, mais au prix de la controverse et parfois de la déception. Ainsi seront encore présents cette saison, les grands noms européens que sont Calixto Bieito (le Ring et la reprise de Lear), Simon Stone (la Traviata), Barrie Kosky (le Prince Igor), Ivo Van Hove (Don Giovanni et Boris Godounov), Krzysztof Warlikowski (la reprise du Don Carlos), David Mc Vicar (la reprise de Adrienne Lecouvreur). On retrouvera avec plaisir, mais lassitude, les superbes mises en scène de Robert Wilson pour Butterfly et de Robert Carsen pour les contes d’Hoffmann et, avec espoir d’un remaniement, celle de Laurent Pelly pour les Puritains. Enfin on reverra, avec émotion, le Yvonne, Princesse de Bourgogne par le regretté Luc Bondy. On attend également avec impatience la mise en scène des Indes galantes par l’artiste aux talents multiples, Clément Cogitore. Et on déplore la reprise de la Bohème de Claus Guth.
Bref, comme à son habitude, le public de première risque d’avoir, selon sa navrante tradition, quelques occasions de huer.
Un des événements de la saison est la création d’une nouvelle production du Ring de Wagner. On espère beaucoup que Calixto Bieito transcendera l’œuvre mieux que ne l’avait fait Gunter Kramer il y a dix ans. Philippe Jordan sera à la baguette avec le talent qu’on lui connait et la distribution est prometteuse sur le papier. Bien sûr, tout le monde va attendre le Siegmund de Jonas Kaufmann, mais Andreas Schager en Siegfried, Iain Paterson en Wotan, Ekaterina Gubanova en Fricka, John Relyea en Hunding devraient donner à ces journées wagnériennes un bel éclat. On est juste dubitatif sur le choix de Eva-Maria Westbroek et de Martina Serafin (Brunnhilde) qui chantera deux des opéras, Ricarda Merbeth assurant la dernière.

Côté stars, on est servi.
Anna Netrebko vient à Paris dans Adrienne Lecouvreur ; elle est inévitablement accompagnée par son mari, Yusif Eyvazov, puisque cela semble devenu un passage obligé ; Ekaterina Semenchuk devrait être parfaite dans le rôle de la volcanique Princesse de Bouillon. Tout ce beau monde évoluera dans la mise en scène de référence de David Mac Vicar et Giacomo Sagripanti sera à la baguette. Notons que Adrienne sera russe en 2020, car c’est la merveilleuse Elena Stikhina qui alternera avec Anna Netrebko.
Après le couple charismatique Kaufmann – Yoncheva l’an dernier, c’est Roberto Alagna qui reprend le flambeau de Don Carlos avec Aleksandra Kurzak. Ils seront magnifiquement accompagnés par Anita Rachveslishvilli, René Pape et Étienne Dupuis. Autre bonheur, Fabio Luisi sera à la baguette.
Le bel canto est, en général, trop absent de la scène parisienne; on aura tout de même deux pièces de choix du compositeur Vincenzo Bellini :
L’opéra le Pirate, bien qu’en version concert, est très attendu, car on y réécoutera Michael Spyres (qui fut fantastique à Genève, lire la critique) en compagnie de deux poids lourds, Sondra Radvanovsky et Ludovic Tézier.
Et si l’on espère que Laurent Pelly aura revu sa mise en scène ratée et peu respectueuse des voix, on aura le plaisir de découvrir la française Elsa Dreisig dans le rôle d’Elvira aux côtés du ténor fabuleux dans Bellini, Javier Camerena. De plus, les deux œuvres seront dirigées par un spécialiste du genre, Riccardo Frizza.
Pretty Yende qui vient de faire une fille du régiment remarquée au Metropolitan Opera sera de retour dans Traviata et dans Manon ; on s’interroge juste sur l’adéquation de sa voix avec ces deux héroïnes romantiques. Dans les deux cas, elle sera accompagnée par le ténor français Benjamin Bernheim et Ludovic Tézier.
Pour les amoureux de Rameau, la fine fleur du chant français (Sabine Devieilhe, Florian Sempey, Julie Fuchs, Jodie Devos, Mathias Vidal, Edwin Crossley-Mercer, Alexandre Duhamel, Stanislas de Barbeyrac) sera présente dans les Indes galantes dans une mise en scène de Clément Cogitore.
Ceux qui ne sont pas allergiques à la musique contemporaine ne manqueront pas la reprise de Lear de Aribert Reimann, dans la mise en scène marquante de Calixto Bieito avec Bo Skovhus et Evelyn Herlitzius et Fabio Luisi à la baguette. Ni celle de Yvonne, Princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans (mis en scène du regretté Luc Bondy), avec Susanna Malkki, qui conduisit superbement Rusalka, dans la fosse (la critique est ici) ; on y retrouvera Béatrice Uria-Monzon, Laurent Naouri, Julien Behr et Jean Teitgen.
Le répertoire russe sera représenté par une nouvelle production du Prince Igor (mise en scène Barrie Kosky) avec une distribution de choix : Evgeny Nikitin, Elena Stikhina (qu’on a notamment pu entendre récemment dans le Ring dirigé par Valery Gergiev à la Philharmonie de Paris), Pavel Cernoch (qui fut Don Carlos en alternance avec Jonas Kaufmann) et encore une fois la grande Anita Rachvelishvili.
On aura également la reprise de Boris Godounov dans la mise en scène très peu inspirée de Ivo Von Hove avec René Pape dans le rôle-titre.
On se serait bien passé du retour de la production pénible de la Bohème satellisé dans l’espace par Claus Guth, mais il sera difficile de se priver des distributions éclatantes : Ermonela Jaho (sublime Traviata cette saison, lire ici) en alternance avec Elena Stikhina, Vittorio Grigolo et Benjamin Bernheim, Elena Tsallagova et Julie Fuchs.
La reprise de la production du Barbier de Séville (dans la mise en scène très enlevée de Damiano Michieletto) sera servie par des artistes qui devraient faire honneur à Rossini (Lisette Oropesa (la pétillante Adina de l’élixir d’amour cette année que nous avions interviewé en septembre 2018), Xabier Anduaga et Florian Sempey).
La nouvelle production de Don Giovanni (mise en scène : Ivo Van Hove), que l’on n’a pas encore vu cette saison, sera reprise avec un plateau de choix (Luca Pisaroni, Philippe Sly, Stéphanie d’Oustrac (qui fut une fantastique Cassandre cette année, lire la critique), Stanislas de Barbeyrac, Zuzanna Markova, Mikhail Timoshenko, Alexander Tsymbaluk).
Production incontournable de l’Opéra de Paris, ceux qui n’en sont pas lassés pourront retourner voir la mise en scène parfaite des Contes d’Hoffmann par Robert Carsen avec là aussi de beaux artistes (Michael Fabiano, Laurent Naouri, Ailyn Perez, Jodie Devos, Véronique Gens, Gaëlle Arquez, Jean Teitgen, Sylvie Brunet).

Une saison de danse prometteuse avec comme toujours les fabuleuses étoiles de l’Opéra et autres danseurs de ce corps de ballet mythique.

On reverra avec gourmandise l’incontournable, géniale et poussiéreuse Giselle. Et ceux qui aiment le classique ne manqueront pas la chorégraphie de Rudolf Noureev de Raymonda qui n’a pas été dansé par la troupe depuis 2008.
Le gala d’ouverture est l’événement le plus mondain de l’année à Garnier et pour la première fois, cela s’annonce comme un gala des étoiles, avec extraits du répertoire classique. C’est aussi la seule soirée qui verra le fameux défilé du ballet.
Pour le répertoire contemporain, on attend la nouvelle création de Crystal Pite et le programme Hiroshi Sugimoto couplée avec la reprise d’une pièce récente de William Forsythe.
Le Nederlands Dans Theater sera présent à Paris en tant que compagnie invitée et on aura droit à une curiosité, la création mondiale de Alan Lucien Øyen, chorégraphe au ballet national de Norvège (mais également metteur en scène et vidéaste).
Enfin, dans le néo-classique, pour les admirateurs de Balanchine auront droit à un programme reprenant trois de ses pièces et on notera surtout, l’entrée au répertoire d’un ballet qui est un des « tubes » du Royal Ballet à savoir le Mayerling de Kenneth MacMillan.

Les abonnements sont en vente à partir du 12 mars 2018.

 

Visuel : CC

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One thought on “Une future saison 2019-2020 de l’Opéra de Paris de haut niveau”

Commentaire(s)

  • sleepy

    Dubitatif au sujet d’Eva-Maria Westbroek ? Vous connaissez meilleure Sieglind actuellement ?
    Vous semblez aussi outré par la présence du mari d’Anna Netrebko mais pas un mot sur la femme d’Alagna, qui devient systématique aussi (même si elle a beaucoup de talent).

    mars 15, 2019 at 7 h 10 min

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