Opéra

Une Clémence de Titus hors des antiquités rebattues

Une Clémence de Titus hors des antiquités rebattues

25 mai 2019 | PAR Gilles Charlassier

L’opéra de Liège aime cultiver les fidélités. Celle tissée avec le duo de metteurs en scène Cécile Roussat et Julien Lubek en fait partie. Ils livrent en ce mois de mai une surprenante Clémence de Titus, à rebours des habitudes d’Antiquité.

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On a l’habitude de présenter La Clémence de Titus dans un marbre d’Antiquité romaine, plus ou moins figé, même dans les relectures moins littérales. En découvrant le travail de Cécile Roussat et Julien Lubek, les usages et les attentes peuvent être déconcertés. Signant l’ensemble des paramètres scénographiques, le duo a choisi de dépayser l’intrigue dans une sorte d’utopie primitive telle que pouvait se l’imaginer le siècle de Rousseau. Les costumes et les maquillages prennent ainsi une allure tribale qui semble puiser dans l’imaginaire zoologique de la mythologie antique, chacun des personnages étant affublé d’un costume évoquant généralement un animal, symbole probable du principal trait de caractère de chacun, à l’exemple du fardage de Vitellia, image du maquillage calculateur de ses sentiments. Les éclairages parfois tamisés et le rideau de plumage soulignent une conception plus proche de la fable que de la Rome impériale. Le résultat ne manque sans doute pas de cohérence, ni surtout d’acrobaties chorégraphiques, et l’on finit par s’accoutumer à la proposition, en particulier dans la seconde partie, sans pour autant éluder toute impression d’iconoclasme.

Côté plateau, c’est d’abord le Sesto d’Anna Bonitatibus qui domine par la subtilité d’une incarnation conjuguant moyens vocaux et instinct dramatique, nuançant des intonations d’une belle richesse psychologique dans la soumission amoureuse et les remords de la culpabilité. En Vitellia, Patrizia Ciofi affirme une personnalité incandescente, qui compense par son ascendant la maturité parfois émérite d’un matériau dont elle sait, avec autant de métier que de sensibilité, tirer parti des ressources expressives. Veronica Cangemi séduit en Servilia légère et fruitée, qui contredit la pâleur à laquelle le rôle est parfois réduit. Cecilia Molinari ne manque pas non plus d’atouts en Annio d’une plénitude calibrée à la juste mesure. Markus Suihkonen évite le monolithisme qui incombe parfois à l’autorité de Publio, quand Leonardo Cortellazzi se mesure à Tito avec une fortune diverse selon les exigences de la partition, livrant d’abord une peinture convaincante de la bienveillance tourmentée de l’empereur. Préparés par Pierre Iodice, les choeurs ne déparent aucunement dans leur office exigeant. Dans la fosse, Thomas Rösner s’attache à restituer la vitalité de la partition, au-delà de l’apparence compassée de l’opera seria – que Mozart renouvelle dans cet ultime opus de commande où se devine l’originalité de la dernière maturité du compositeur, par-delà l’emploi d’une forme appartenant déjà au passé à l’époque de la création. Si la direction musicale évite toute pesanteur, l’énergie des attaques n’épargne pas toujours la pâte sonore dans une acoustique assez sèche – aux vertus très théâtrales.

Gilles Charlassier

La clémence de Titus, Mozart, mise en scène : Cécile Roussat et Julien Lubekr, Opéra de Liège,  mai 2019

©Opéra Royal de Wallonie Liège

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Gilles Charlassier

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