Opéra
Une Amérique parcellaire à l’Athénée

Une Amérique parcellaire à l’Athénée

10 février 2022 | PAR Victoria Okada

Le Théâtre de l’Athénée propose jusqu’au 10 février I was looking at the ceiling and then I saw the sky, un « opéra » de John Adams sur le texte de June Jordan, avec des étudiants au Conservatoire royal de Bruxelles.

Le sujet de l’opéra est directement inspiré d’un tremblement de terre qui a ravagé Los Angeles en 1994. Il décrit la vie d’avant et celle d’après de sept personnages représentant différentes couches sociales de ce pays multiculturel. Une mère célibataire sans papier venue du Salvador, un gangstar, un policier blanc, une jeune avocate idéaliste, une journaliste qui poursuit les scandales, une militante du planning familial et un pasteur. Ces personnages forment un maillon d’une société pleine de paradoxe que révèle davantage le séisme en fragilisant la situation de chacun.
Les jeunes chanteurs, à des niveaux différents, assument leurs rôles… à leur niveau, ce qui rend par moments la représentation plus ou moins bancale. Idem pour les jeux scéniques : certains sont bien à l’aise, d’autres, encore hésitants, essaient encore de créer un naturel. Dans la fosse, Philippe Gérard dirige un ensemble de huit musiciens certes bien préparé mais manque d’élan. Des caractères variés de chaque « numéro » (chaque scène épisodique ou fragmentaire peut en effet être considérée comme un numéro, surtout dans cette production raccourcie d’une heure et quart) ne sont pas explicitement mis en avant, sans toutefois que cela tombe dans la platitude. Une interprétation donc assez neutre qui n’évoque pas la dramaturgie attendue de la catastrophe apocalyptique.
Le décor et la mise en scène de Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli (qui ont également conçu la scénographie, les lumières et les costumes) sont réalisés sur une idée simple mais efficace : des dessins sur un cylindre tournant, filmés en direct et projetés au fond de la scène, servent de décors, alors que sur des scènes d’arrestation du gang par le policier, c’est les images que filme la journaliste que nous voyons (sans une tension, hélas !). Outre ces images, la scène est presque vide, et le noir à chaque changement de tableau donne une impression encore renforcée de vide… Mais cela peut symboliser cette Amérique parcellaire avec une fossé entre les groupes sociaux.
Nous quittons la salle avec un sentiment mitigé d’avoir assisté à un spectacle qui n’est pas totalement abouti, tout en saluant le travail des jeunes chanteurs dont on attend l’épanouissement.

photo © Hubert Amiel

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Victoria Okada

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