Opéra
Un stimulant Eugène Onéguine à Oslo

Un stimulant Eugène Onéguine à Oslo

02 mars 2020 | PAR Gilles Charlassier

En cette fin d’hiver, l’Opéra d’Oslo met à l’affiche une nouvelle production d’Eugène Onéguine, réglée par Christof Loy, avec un plateau qui fait la part belle à la nouvelle génération, sous la baguette vigoureuse de Lothar Koenigs.

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Plongeant sa blancheur minérale dans les eaux du fjord de la capitale norvégienne, l’Opéra d’Oslo compte parmi les cartes postales de la métropole scandinave. Dans son auditorium de bois sombre aux remarquables qualités de confort visuel et acoustique, l’institution propose une programmation équilibrée, attentive aux grands titres du répertoire, sans négliger des œuvres moins jouées. L’un des événements de la saison est la nouvelle production d’Eugène Onéguine, commandée à Christof Loy.

Applaudi dans les théâtres lyriques de l’Europe entière, le metteur en scène allemand inscrit le drame de Pouchkine dans une scénographie décantée, dessinée par Raimund Orfeo Voigt, et polie par les lumières d’Olaf Winter. Alternant entre une nudité blanche quasi irréelle et un ameublement polyvalent d’une sobriété toute nordique, cette esthétisation presque atemporelle est relayée par les costumes d’allure contemporaine conçus par Herbert Murauer. Si elle évite le pittoresque, cette économie, jouant parfois d’effets de symétrie, évoque un ennui discret et mélancolique qui peut faire songer à Tchekhov. Réglés par Andreas Heise, les mouvements chorégraphiques font des domestiques, confiés à des danseurs, le double ou le contrepoint des sentiments qui tenaillent les protagonistes – en particulier Onéguine et Lenski. A la fois reflet de la dissipation mondaine et accentuation de la solitude des personnages, le procédé développe les tensions sous-jacentes, au risque d’un certain artifice qui contrarie parfois la fluidité de la compréhension et de l’émotion.

Dans le rôle-titre, Audun Iversen met en avant, avec une évidente présence, les contradictions et le cynisme du dandy, sans sacrifier l’homogénéité d’une émission vocale jamais inutilement alourdie. Le Lenski torturé de Bogdan Volkov se révèle complémentaire par son lyrisme aéré, mais néanmoins nourri. Svetlana Askenova fait palpiter la sensibilité et la fragilité de Tatiana, avec un engagement qui n’exclut pas la pudeur. Sans céder au monolithe, Robert Pomakov affirme la pâte charnue d’un Gremin à la stature solide. Tone Kummervold chante l’hédonisme franc et insouciant d’Olga. Future directrice de l’Opéra d’Oslo, Randi Stene préserve Larina de toute caricature de matrone. Hanna Schwarz épargne également à Filipievna la grisaille de l’âge. Les couplets de Monsieur Triquet et l’intervention du capitaine reviennent, respectivement, à Marius Roth Christensen et Zaza Gagua. On saluera les choeurs, préparés par Martin Wettges. Dans la fosse, Lothar Koengis fait respirer, sans aucune affectation sentimentaliste, la puissance de la tragédie intime déployée par la partition. Un Eugène Onéguine sans concessions, qui confirme la place de l’Opéra d’Oslo sur la cartographie lyrique européenne.

Gilles Charlassier

Eugène Onéguine, Tchaïkovski, Opéra d’Oslo, février-mars 2020

©Erik Berg

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