Opéra
Un Jules César en Egypte de Haendel flamboyant au Théâtre des Champs Elysées

Un Jules César en Egypte de Haendel flamboyant au Théâtre des Champs Elysées

14 mai 2022 | PAR Yaël Hirsch

Avec le contre-ténor Philippe Jaroussky à la direction de l’Ensemble Atarserse et d’immenses voix : Gaëlle Arquez, Sabine Devieihle, Franco Fagioli, Lucile Richardot et Carlo Vistoli, la nouvelle production du Giulio Cesare in Egitto (Jules César en Égypte) de Haendel brille de mille feux jusqu’au 22 mai au Théâtre des Champs-Élysées.

La machine à tubes baroque

Giulio Cesare in Egitto est probablement le plus célèbre opéra de Haendel. C’est une véritable machine à tubes baroques, avec au moins dix airs et duos incontournables de l’époque. Cet opera seria créé à Londres raconte l’épisode tragique de la rencontre amoureuse de Cléopâtre et César juste après l’assassinat de Pompée par Ptolémée, le frère de Cléopâtre. La femme de Pompée, Cornelia et son fils, Sextus, sont à la fois en danger physiquement et également moralement : ils veulent venger l’honneur du grand romain…

Une mise en scène encombrante

Huée à la première, la mise en scène de Damiano Michieletto n’est pas sans quelques beaux effets visuels, notamment sur le jeu des lumières et la disposition clinique de l’espace. Néanmoins, tout est résumé dans l’ornement de l’ouverture : Jules César apparaît seul sur la scène transformée en grand parallélépipède blanc-gris épuré, tenu par des fils rouges. C’est très beau et en même temps à la fois lourd et sans sens. Tandis que les huit personnages se relaient pendant plus de trois heures de musique, les symboles pesants (trois femmes nues qui déambulent comme des ombres, avec une grande queue de cheval, une grande table mise pour préparer la vengeance de César – qui finit par donner un coup de soupière) et des tableaux vus cent fois (Cléopâtre qui chante en essayant des robes et des perruques prises sur leurs présentoirs) l’emportent sur quelques très beaux effets de projection et de réflexion. Surtout, ces « bonnes idées » mises bout à bout renforcent encore le côté « suite de tableaux » de l’opéra seria et coupent toute tension dramatique.

Des voix 5 étoiles

C’est donc pour son casting 5 étoiles et l’énergie de l’orchestre qu’il faut aller voir ce Jules César, sans bouder son plaisir. C’est avec une joie communicative que les musiciens et Philippe Jarousky jouent Haendel, même si c’est souvent avec beaucoup d’effet, pas toujours pleinement maîtrisé et pas toujours parfaitement en accord avec les voix. Dans le rôle-titre et engoncée dans son costume trois pièces bleu canard, Gaëlle Arquez a du mal à se faire entendre au-dessus des instruments, même si le célèbre « Va tacito » convainc.

La star absolue de la soirée est Sabine Devieihle, qui s’en donne à cœur joie dans le rôle et les airs de Cléopâtre. Sa voix éclate de maîtrise et de beauté au-dessus de son petit déshabillé jaune dès l’air « Non disperar, chi Sa ? » et son timbre s’accorde avec Arquez dans le duo du deuxième acte avant de nous tirer des larmes dans le « Giusto ciel ». Et dans le dernier acte, elle est simplement bluffante de maîtrise et d’émotion dans un des plus beaux lamenti qu’il nous ait été donné d’entendre « Piangero la sorte mia ». Nous sommes aussi séduits par le duo mère-fils formé par l’excellente Lucile Richardot en Cornelia et Franco Fagioli en Sextus, parfaitement à l’aise dans cette version très ornementée, et heureux d’entendre Carlo Vistoli, très bon Ptolémée. Qu’on soit fan ou non de la mise en scène, ce Jules César en Égypte est un vrai festin baroque, avec un cocktail de voix qu’il ne faut pas manquer.

Giulio Cesare in Egitto, Jules César en Egypte, de Georg Friedrich Haendel, direction musicale : Philippe Jaroussky, mise en scène : Damiano Michieletto, choregraphie : Thomas Wilhelm, scénographie : Paolo Fantin ; avec : Gaëlle Arquez, Sabine Devieihle, Franco Fagioli, Lucile Richardot et Carlo Vistoli. Au Théâtre des Champs-Élysées jusqu’au 22 mai.

Visuels : © Vincent Pontet

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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