Opéra

Un Einstein on the beach festif et populaire au Grand Théâtre de Genève

Un Einstein on the beach festif et populaire au Grand Théâtre de Genève

16 septembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Le Grand Théâtre de Genève commence sa saison 2019-20 avec l’opéra en quatre actes, pour ensemble, chœur et solistes de Philip Glass qui avait marqué le Festival d’Avignon en 1976. Avec Titus Engels à la baguette et la Compagnie Finzi Pasca à la mise en scène: le résultat est festif et coloré.

Entrés dans le Grand Théâtre par un dimanche de grand soleil, nous sommes accueillis par l’énonciation des chiffres: ceux qui président à la logique de cet opéra non narratif et non linéaire. De l’œuvre d’origine, qui durait près de 5 heures, reste la longueur (environ 3h45 sans entracte) et le respect du souhait de Bob Wilson que l’entrée et la sortie des spectateurs soient libres, créant du mouvement.

Tandis que la matière musicale irradiante de Glass se répète et évolue : entre solos de violon, orgue et chant légèrement amplifié merveilleusement interprété par le chœur et orchestre du Einstein Ensemble, composé d’étudiants de la Haute École de Musique de Genève, Einstein n’est plus violoniste, comme dans la version originelle de 1976 reprise en 2012, mais circacien. Et c’est avec une canne qu’il pointé vers des saynètes colorées et festives où les corps en mesure de Lucinda Childs ont fait place à des sirènes ondoyantes, des toréadors à paillettes et une mariée zombie blanc.

En effet, c’est à un tout autre univers, moins mathématique, esthétique et plus populaire qu’a fait appel le nouveau directeur du Grand Théâtre, Aviel Cahn (lire notre interview) quand il est allé chercher Daniele Finzi Pasca et sa troupe de Lugano qui ont déjà animé le grand spectacle de la fête des vignerons, événement local (Vevey) qui a lieu tous les 20 ans et a attiré plus d’un million de spectateurs cet été.

À temps très voluptueux (premier plan saisissant sur fond de rideau rouge satiné) et parfois visuellement marquant (numéro d’acrobate en robe orange dans un immense bocal, magnifiques jeux de néons), l’univers de Finzi Pasca empreinte beaucoup à la nostalgie (maillots de bains à rayures « viscontiens », projections de cycles et rollers), au cabaret et à l’entrain de la troupe de cirque. Sur le plateau, les circassiens se meuvent plus qu’ils ne jonglent ou s’élancent dans les airs, et plus comme des humains lambdas que comme des danseurs: ils circulent au rythme de la musique qui se répète et s’amplifie et culmine dans un dernier acte puissant et ils l’illustrent comme un joli vernis sans jamais lui apporter la moindre signification heurtante.

C’est en toute liberté que le spectateur voit peigner le cheval, s’emmêler des corps projetés, voler les notes d’Einstein, grimacer les récitants et monter et descendre la bibliothèque du génie qui, baguette à la main, apparaît de temps en temps dans un coin, impuissant.

Lorsque le carré noir se referme sur la scène, c’est debout que le public genevois applaudit, portant le chef Titus Engels aux nues et heureux de cette joyeuse plongée dans la musique minimale de Glass. Nous sommes fin prêts à dévorer une des glaces « Einstein » bleue et goûteuse que le Grand Théâtre a développées avec un glacier local. Et nous sommes heureux d’avoir pu entendre cette œuvre majeure du répertoire lyrique si atypique et si peu souvent programmée.

Il y a encore deux représentations de Einstein on the beach au Grand Théâtre de Genève les 17 et 18 septembre et il reste quelques places. Puis la production voyage et passe en version concert au Festival Musica à Strasbourg. Prochain opéra à Genève : Aida à partir du 11 octobre.

Visuels (c) Carole Parodi

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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