Opéra

Un Don Giovanni en costume de finance à l’Opéra Bastille

Un Don Giovanni en costume de finance à l’Opéra Bastille

16 mars 2012 | PAR Celeste Bronzetti

La première du Don Giovanni de Haneke à l’Opéra Bastille : un palais vitré d’une grande entreprise, des portes grises glacent et pétrifient l’ambiguïté pourtant moqueuse de l’opéra le plus sombre du duo Mozart-Da Ponte.

Le choix de Michael Haneke est bien évidemment celui d’interroger ce drame classique avec les questionnements et le regard de notre époque. Et il réussit de manière irréprochable. On aurait presque envie de dire : peut-être son regard d’homme contemporain prend-il trop d’espace et finit pour suffoquer la racine qui rend tout drame classique immortel. L’élément tragique de l’intrigue la plus inquiétante de l’histoire de l’opéra est poussée jusqu’au bout par cette volonté : toute trace d’ironie, la source de cette ambiguïté infinie propre au séducteur est finalement objectivée dans un Don Giovanni plus pervers que jamais.
La force du Don Giovanni étant toujours son résidu de mystère inépuisable à toute interprétation, on a assisté à l’opéra Bastille à une mise en scène qui  tire l’ambigu du côté de l’obscurité. Un jeune Don Giovanni cadre ambitieux d’une société dominée par le pouvoir de l’argent ne pouvait que s’installer dans un froid bureau d’un palais d’affaires. Sa fascination ne semble avoir d’autres sources que celle du pouvoir d’achat, ses aventures et ses succès sont fort liés à son image à l’intérieur de ce décor commercial anonyme.

La violence du pouvoir de l’argent est parfaitement incarnée par Peter Mattei, ce Don Giovanni aussi insatiable et avide de pouvoir que d’habitude, mais moins élégant dans sa démarche de séduction. On a l’impression de le voir s’acharner plutôt que s’amuser et c’est ça qui nous plait moins. Bien que la figure créée par Mozart et Da ponte personnifie des traits incontestablement machiavéliques, on sort difficilement du théâtre après le représentation de Don Giovanni sans avoir fait, au moins en cachette, un clin d’œil à cet imposteur pourtant si fascinant. Hier, par contre, le dégoût pour le magnat tyrannique et violent l’a emporté sur toute trace de complicité.

Remarquables les performances de Don Ottavio et de Donna Elvira en particulier, deux personnages dont la direction est plus difficilement déformable. Un peu décevante la figure de Zerlina, la jeune fauchée de caractère, se montre cette fois un peu plus faible aux fausses promesses du séducteur sans scrupules. Mais le personnage qui déçoit le plus est, d’ailleurs, celui qui interprète l’œuvre toute entière : une figure plus méprisante que jamais envers les pauvres et les femmes.

On est rentrés à l’Opéra Bastille avec l’image d’un Don Giovanni aspirant au pouvoir infini de l’immortalité à travers la jouissance d’un plaisir sans frontières. On en sort avec le portrait d’un homme borné et mesquin dont les aspirations semblent beaucoup plus éphémères et matérielles.

 

Don Giovanni, de Mozart, mise en scène : Peter Haneke, direction : Philippe Jordan / Marius Stieghorst, avec Peter Mattei Baron (Don Giovanni), Paata Burchuladze( Il Commendatore), Patricia Petibon (Donna Anna) Bernard Richter / Saimir Pirgu (Don Ottavio), Véronique Gens (Donna Elvira), David Bizic (Leporello), Nahuel Di Pierro (Masetto), Gaëlle Arquez (Zerlina), 3h40 avec un entracte.

Visuel : Capture d’écran de Youtube.

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Celeste Bronzetti

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