Opéra
Un concert à portée symbolique pour inaugurer la saison de l’Opéra de Paris

Un concert à portée symbolique pour inaugurer la saison de l’Opéra de Paris

23 septembre 2021 | PAR Paul Fourier

Mercredi 22 septembre marquait le démarrage en tenues de soirée de la saison 2021-2022 de l’Institution. Avec un programme savamment construit…

« Je considère la musique comme l’union de différentes esthétiques, sans frontières ou échelle de valeurs ». C’est ainsi que Gustavo Dudamel qui prend, en cette rentrée, ses nouvelles fonctions de Directeur musical s’exprime dans le programme papier du gala. Si donc la soirée était l’occasion de recueillir des fonds tout en appréciant les talents des interprètes des pièces proposées, le programme reflétait aussi des tendances musicales et des contenus dramatiques – voire politiques – bien caractérisés. Outre une suite de très beaux morceaux musicaux, le concert se présentait également comme le miroir de la diversité des âmes, des périodes et des continents.

Diversité des âmes, des périodes et des continents

Que Carmen – opéra le plus joué au monde – et Bizet soient présentés en début de soirée et que Falstaff et Verdi le clôturent n’empêcha pas des détours par Osvaldo Golijov, Manuel de Falla, Benjamin Britten et John Adams. Langues française, espagnole, anglaise, allemande et Italienne mêlées soulignaient la variété linguistique présente ce soir (et pour la saison à venir). Avec la France et l’Europe, l’Argentine, les États-Unis et Israël, les pas de l’orchestre franchissaient les frontières et les océans. Célébrité mondiale et confidentialité à dépasser, le concert aura également affiché un besoin d’ouverture et de découverte.

Si l’on peut malgré tout discuter de choix de morceaux (était-ce notamment judicieux de sélectionner en seconde partie le final du Chevalier à la rose et de Falstaff, deux opéras qui s’apprécient sur la longueur ?), on aura pu prendre plaisir à la direction tonique de Dudamel à la tête d’un orchestre de l’Opéra en grande forme, un chœur et une maîtrise des Hauts-de-Seine au diapason, conduits respectivement par Ching-Lien Wu et Gaël Darchen). Tout comme on aura aimé la Carmen toujours fringante de Clémentine Margaine, l’interprétation si singulière et séduisante de « La fleur » par Matthew Polenzani, l’engagement d’Ekaterina Gubanova et de Gérald Finley dans des textes militants, la sublime Maréchale de Jacquelyn Wagner accompagnée de la délicate Sophie de Sabine Devieilhe. Rejoints par Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Tobias Westman, Kiup Lee, Timothée Varon et Aaron Pendleton, on appréciait le fait que la moitié des artistes présents étaient confirmés et célébrés alors que l’autre était issue de l’Académie de l’Opéra National de Paris. Place (aussi) aux jeunes, tel n’était pas, ce soir le moins réjouissant des messages.

Réflexion, mais point d’exclusion

Beaucoup, ce soir, auront découvert la musique d’Osvaldo Golijov, compositeur né en Argentine de parents juifs d’Europe de l’Est, puis ayant vécu successivement en Israël et aux États-Unis. Ainadamar (superbement interprété ce soir par Ekaterina Gubanova et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur) décrit l’assassinat du poète Garcia Lorca par les phalangistes en 1936… un destin qui rejoint celui de Manuel de Falla (célébré ce soir par un extrait de sa Vie brève) qui se réfugia en Argentine pour échapper au franquisme.

Réflexion, mais point d’exclusion ; en effet, il n’était surement pas innocent qu’en période « woke », aux textes antifascistes de Federico Garcia Lorca répondent les musiques sublimes de Strauss et de Wagner, compositeurs par ailleurs controversés quant à leur rapport à l’antisémitisme et au nazisme…
Comme on se plaira à déceler un clin d’œil à une actualité brûlante dans la région Pacifique marquée par un retour de la course aux armements, notamment atomiques), par le choix d’un extrait de Doctor Atomic de John Adams, compositeur dont on sait qu’il fera son entrée prochainement sur les scènes de l’Opéra de Paris.

Légèreté, mondanités et audace…

À ces réflexions répondait l’amusant ballet des soirées de gala avec ses tenues chics, ses petits fours et son champagne, un Président de la République discret à l’intérieur du bâtiment, mais dont la venue paralysait en parallèle la Place de l’Opéra. Légèreté, mondanités et audace… tels pourraient être parmi les mots d’ordre de la direction de cette maison centenaire.
La soirée se termina, fait inhabituel par une Marseillaise entonnée par le chœur, les artistes (français) et le public. Si l’on peut considérer que la présence du Président de la République n’était pas pour rien dans ce final, c’était également l’occasion de rappeler, en cette période d’élections, que l’hymne national appartient à tous les citoyens de ce pays… avec l’espoir qu’ils puissent accéder, eux aussi, aux spectacles proposés par l’Opéra de Paris.

Le spectacle est disponible sur la plateforme « L’opéra chez soi » de l’Opéra National de Paris.

Visuel © Elisa Haberer / Opera national de Paris

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