Opéra
Tosca à Vienne : le miracle des grandes voix

Tosca à Vienne : le miracle des grandes voix

27 mai 2021 | PAR Paul Fourier

Dans une production antédiluvienne, l’opéra de Puccini a été royalement servi par Sonya Yoncheva, Piotr Beczala et Ambrogio Maestri. Un trio merveilleux.

La production viennoise de Tosca de Margarethe Wallman a été inaugurée le 3 avril 1958 avec Herbert Von Karajan à la baguette et Renata Tebaldi, Giuseppe Zampieri et Tito Gobbi dans les rôles principaux. C’est dire qu’elle représente une période où la mise en scène se limitait à des décors figuratifs et aux costumes d’époque. La longévité de cette production (que le Wiener Staatsoper serait tout de même bien inspiré de changer) explique que toutes les stars des années 50 à aujourd’hui s’y succédèrent. Quoi qu’il en soit, si l’on excepte l’acte I sans imagination aucune en termes de décors ou de déplacement d’acteurs, cette production fait encore son usage avec, à l’acte II, un bureau de Scarpia dans la plus pure tradition et une gigantesque statue de l’archange saint Michel à l’acte III. Le fait le plus regrettable est que les artistes arrivant sur la production semblent ne plus profiter d’une réelle direction d’acteurs, ce qui peut en handicaper certains.

Néanmoins, le public était venu pour les chanteurs. Et il a été gâté !

Dans cet opéra, notamment ces dernières années, l’on assiste trop souvent, à des prestations basées sur la performance et la débauche d’effets en tous genres. Ce soir, une fois n’est pas coutume, l’on pouvait entendre, des artistes de grand talent servir le compositeur avec classe et sobriété sans chercher l’esbroufe. Ainsi, Sonya Yoncheva, Piotr Beczala et Ambrogio Maestri ont été porteurs de cette élégance, sans jamais sacrifier la force incontestable du chef-d’œuvre puccinien.

On le sait, Sonya Yoncheva a actuellement des concurrentes de poids dans Tosca et les caractéristiques de sa voix, avec un aigu devenu bien difficile, pouvaient laisser craindre une déception. Mais cette partition sollicite surtout un registre médian qu’elle a conservé fort beau qui s’appuie sur des graves naturels et non forcés. Et l’on doit dire que, hormis précisément quelques aigus assez criards notamment dans l’acte II, la soprano a su incarner une héroïne tout en féminité, campant plus au deuxième acte une femme aux abois, prise au piège, qu’une tigresse déchaînée. Son Vissi d’arte fut un modèle de beau chant, humain, sensible, tout en douceur, qui sonnait comme un moment de souffrance pure et une pause dans la pression intense à laquelle elle est soumise. Cela étant, son aisance en scène semblait plus limitée que celle de ses collègues, conséquence probable du déficit de répétitions dans cette production qu’elle découvrait.

En Cavaradossi, Piotr Beczala, dès son Recondita armonia du premier acte, éblouit par un chant puissant et aussi noble que le personnage qu’il incarne. La ligne est admirable et il traverse l’opéra sans la moindre difficulté. Dans l’acte I, avec Yoncheva, la douceur des deux voix s’accorde parfaitement pour traduire le dialogue des deux amoureux sur fond de quiproquo, entre jalousie et entraide avec Angelotti. Dans les actes suivants, Beczala assure les morceaux de bravoure avec panache, tant dans un « Vittoria » époustouflant de puissance au second acte que dans son Lucevan le stelle à la beauté sans emphase au troisième ; il sera d’ailleurs bissé.

Pour son entrée, ne bénéficiant pas d’une projection aussi affirmée que ses deux collègues, Ambrogio Maestri souffre un peu dans l’éprouvante scène du Te Deum d’autant que l’orchestre ne l’épargne guère. Mais le baryton est au moins autant un acteur exceptionnel qu’un superbe technicien au timbre somptueux. Ainsi, lors de l’acte II, dans l’intimité de son bureau, entouré de moins de protagonistes, prenant l’avantage et menant la danse, il incarne un Scarpia idoine, maître du double jeu, tantôt enjôleur, tantôt faisant montre d’une violence simplement portée par son physique imposant. Chacun des mots de l’artiste italien s’accorde à son humeur et son apparence de l’instant. Enfin, dans cet acte, ô combien parfait !, le trio malmené par ce Scarpia retors, mais jamais vulgaire, fait preuve d’un équilibre idéal avec une Tosca féminine et résistante et un Cavaradossi noble et exalté le temps de l’annonce d’une victoire napoléonienne.

Hormis le sacristain de Wolgang Bankl, kammersänger du Wiener, excellent, mais un peu trop cabotin, le reste de la distribution n’aura guère brillé dans une soirée qui s’inscrivait dans la routine de répertoire du Wiener Staatsoper.

Dans la fosse, Axel Kober n’a pas vraiment fait dans la finesse et a insufflé à la soirée le pire (le début et la fin tonitruants de l’acte I) autant que le meilleur (la tension de l’acte II et une douce lenteur lors du début de l’acte III).

Finalement, pour cet opéra si souvent repris, les spectateurs privés de représentations durant des mois revenaient à la fête comme l’on revient dans un endroit familier et confortable. Ainsi, le public a-t-il eu certainement l’agréable surprise de constater que de grands artistes étaient à même de renouveler avec panache, leur plaisir d’habitué et il l’a montré par ses ovations.

© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

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Paul Fourier

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