Opéra

Terry Gilliam strikes again ! Coloré Benvenuto Cellini à Bastille

Terry Gilliam strikes again ! Coloré Benvenuto Cellini à Bastille

21 mars 2018 | PAR Suzanne Lay-Canessa

Echec lors de sa création, en 1838, le Benvenuto Cellini de Berlioz n’a depuis fait l’objet que de deux mises en scène à Paris. Forte de son succès à Londres en 2014, la production de Terry Gilliam est aujourd’hui donnée à Bastille : enthousiasmante, elle ne convainc pourtant pas tout à fait.

Accusé de plagiat par Jean-Pierre Jeunet, Guillermo del Toro défendait récemment l’esthétique de son Shape of Water comme héritière de celle de leur maître à tous deux : Terry Gilliam, célèbre ex-Monty Python, et surtout metteur en scène qui aura su marquer de son style si reconnaissable le cinéma de ces dernières décennies. Outrée, profondément théâtrale, sur le fil entre comique et étrangeté, fantastique et politique, métaphorique et trivial, la « patte » Terry Gilliam occupe en ce soir de première toute la scène de l’opéra Bastille, jusqu’à s’étendre à toute la salle, puisque danseurs, cotillons et figurines de Carnaval s’y ruent dès l’ouverture, sans que quiconque y trouve à redire.

C’est que l’œuvre et la personne de Benvenuto Cellini, génie florentin de l’orfèvrerie et de la sculpture, incarnaient déjà pour l’esprit romantique et son farouche défenseur Berlioz la figure de l’artiste créateur par excellence, à laquelle souscrit également Terry Gilliam – lui qui a toujours préféré aux rouages hollywoodiens l’expression d’une individualité propre, et la mise en avant d’un imaginaire plus bricolé que policé. L’aura d’œuvre maudite qui entoure l’opéra de Berlioz, alliée au récit de l’achèvement par Cellini de son monumental Persée, n’ont pu que séduire davantage un cinéaste dont la filmographie entière, souvent acclamée par la critique, fut ponctuée d’échecs publics ou de soucis de production sans précédent. La mise en scène, assise par les chorégraphies aux accents forains de Leah Hausman, aux décors fantastico-gothiques élaborés par Aaron Marsden et Gilliam lui-même, ne manque donc ni de mouvement, ni d’âme, ni de sens du « show ». Il est alors d’autant plus dommage qu’elle semble souvent s’agiter pour ne pas dire grand-chose.

Fort de sa symbolique inusable, et de son sens aiguisé de l’orchestration, auquel la direction minutieuse mais un peu alanguie de Philippe Jordan rend joliment justice, Benvenuto Cellini, manié et remanié pour satisfaire ses commanditaires, la censure, son public, ne brille malheureusement pas par sa cohérence ou sa substance dramatique. Ses parties vocales, gageüre par endroits pour le rôle-titre, auquel le ténor John Osborn apporte une robustesse saluable, n’ont ni la beauté ni l’élégant sens des finitions des lignes instrumentales. La partition de Teresa ne donne pas à Pretty Yende, en service minimum, de véritable occasion de briller – dommage, car la finesse de sa voix et la qualité de sa prononciation sont autant de promesses que l’on aurait aimé la voir tenir dans un rôle à sa mesure. L’Ascanio de Michèle Losier a la clarté et l’agilité requises, et laisse même deviner çà et là une puissance tranquille. L’autorité papale de Marco Spotti est écornée d’une distance bienvenue, mais les graves, quoique par endroits imprécis, sont saisissants. La bonne humeur, communicative, et les moyens déployés l’emportent cependant sur les longueurs. L’intégralité de la distribution, mais surtout – et c’est, à Bastille, presque du jamais-vu – le metteur en scène et son équipe, seront copieusement applaudis. Un accueil unanime dont Gilliam, artiste maudit, n’avait peut-être plus l’habitude.

Benvenuto Cellini : Opéra en deux actes et quatre tableaux
Musique Hector Berlioz Livret Léon de Wailly, Auguste Barbier En langue française
Direction musicale Philippe Jordan Mise en scène Terry Gilliam Co-mise en scène Leah Hausman Chorégraphie Leah Hausman
Benvenuto Cellini John Osborn Giacomo Balducci Maurizio Muraro Fieramosca Audun Iversen Le Pape Clément VII Marco Spotti Francesco Vincent Delhoume Bernardino Luc Bertin-Hugault Pompeo Rodolphe Briand Cabaretier Se-Jin Hwang Teresa Pretty Yende Ascanio Michèle Losier
Décors Terry Gilliam, Aaron Marsden Costumes Katrina Lindsay Lumières Paule Constable Vidéo Finn Ross
Chef des Chœurs José Luis Basso

Photo © Elspeth Diederix, Opéra de Paris

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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