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Saisons d’opéra : une saison 2019-2020 de New York peu excitante (sur le papier)

Saisons d’opéra : une saison 2019-2020 de New York peu excitante (sur le papier)

21 février 2019 | PAR Paul Fourier

Évènement chaque année attendu, la saison 2019-2020 du Metropolitan Opera présentée le 20 février se caractérise par une absence d’évènements voire une certaine routine.

On ne pourra pas, comme de coutume, faire grief au prestigieux opéra américain de manquer de stars. Certes, le plateau est brillant mais ce qui doit marquer une vieille et honorable maison au-delà de son affiche, ce sont des prises de rôles significatives et marquantes ou tout le moins, des « highlights » qui en font le temps d’un moment le centre de gravité de la lyricosphère. Or, si ces stars sont présentes dans cette édition, elles le sont souvent dans des rôles où elles n’ont rien de plus à prouver même si, en période de crise, cela permettra surement d’engranger de beaux remplissages. Cela vaut pour Anna Netrebko (*) (Lady Macbeth (en alternance avec Anna Pirozzi qui fera ses débuts au MET) et Tosca), Vittorio Grigolo, fringuant Nemorino à Paris cette année (Alfredo), Roberto Alagna et Joseph Calleja (Rodolfo), Piotr Beczala et Joyce di Donato (Werther), Javier Camarena (Don Ramiro). Quant à Placido Domingo, sa présence en Macbeth ou en Sharpless ne devrait rien apporter de plus à sa gloire tout comme Timur pour James Morris. Après le Alfredo de Juan Diego Florez, on court le risque du sous-dimensionnement de Lisette Oropesa dans Manon (heureusement avec Artur Rucinsky) et Traviata où elle alternera avec la magnifique Aleksandra Kurzak.
On comptera cinq nouvelles mises en scène (Agrippina, Akhnaten, le Hollandais volant, Porgy and Bess, Wozzeck) et conformément aux engagements pris par Peter Gelb, le MET proposera désormais des représentations en matinée le dimanche. Le tout récent chef attitré de la maison, Yannick Nézet-Seguin ne dirigera, quant à lui, que trois opéras.
Il ne s’agit, pour autant, nullement de bouder son plaisir face aux productions alléchantes qui sont proposées. On suivra, après Elektra cette année, le nouveau match entre Christine Goerke et Nina Stemme, cette fois dans Turandot (qui plus est, accompagnées de Eleanora Buratto et Hibla Gerzmava). Joyce di Donato, véritable reine de New York l’an prochain en raison de sa présence marquée à Carnegie Hall, sera probablement une Agrippina de haute volée aux côtés de Brenda Rae et Kate Lindsey (applaudie dernièrement à Paris dans la Damnation de Faust). On notera également la prise de rôle de Sonya Yoncheva (qui fut une stupéfiante Médée à Berlin cette année) en Manon Lescaut même si on est dubitatif sur le choix de son Des Grieux (Marcelo Alvarez). La rencontre de la Maria Stuarda de Diana Damrau et la Elisabetta de Jamie Barton sera surement électrique au risque même de tourner à l’affrontement de deux mégères dans la mise en scène léchée de David Mc Vicar. La Damnation de Faust de Berlioz (mise en scène de Robert Lepage) affiche un beau plateau vocal (Elina Garanca, Brian Hymel et Michael Spyres, Ildar Abradzakov) tout comme le Hollandais volant de Wagner (François Girard à la mise en scène, Valery Gergiev, Bryn Terfel, Franz-Josef Selig, Anja Kampe). La Dame de pique sera dirigée par Vasily Petrenko et Simon Rattle sera à la baguette pour le Chevalier à la rose avec Camilla Nylund (qui vient d’être une formidable Rusalka à l’Opéra de Paris, lire ici), Magdalena Kozena et Matthew Polenzani (également dans la Bohème dans la mise en scène sans âge de Franco Zeffirelli). Elza Van der Heever et Peter Mattei devraient électriser le Wozzeck de Berg dans une production nouvelle et apocalyptique de William Kentridge.
Le MET, toujours fidèle à sa politique en la matière, donnera à la jeune génération américaine l’occasion de têtes d’affiche notamment Angel Blue (que l’on entendra dans Tosca au festival d’Aix cet été) dans Porgy and Bess (avec Eric Owens) et J’Nai Bridges (présente dans Carmen à Amsterdam l’an prochain) dans le Akhnaten de Philip Glass (avec Anthony Roth).
Si une saison compte par ses présents, il est toujours intéressant de noter les absents, la star maison Sondra Radvanovsky, Jonas Kaufmann, Juan Diego Florez, Angela Meade ou Anita Rachvelishvili.
Enfin, deux de nos talentueuses chanteuses françaises continueront à étoffer leur carrière internationale, Gaëlle Arquez et Marianne Crebassa (très bel Orphée à l’opéra comique cette année), dans les Noces de Figaro aux côtés de Anita Hartig et Nadine Sierra.

La saison complète est ici

(*) En revanche, l’opéra de Dresde vient d’annoncer la prise de rôle de Anna Netrebko dans le role d’Elisabeth de Valois dans Don Carlo de Verdi en mai 2020.

Visuel : Attribution-ShareAlike 2.0 Generic (CC BY-SA 2.0)

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