Opéra

Rencontre avec Pierre Guiral, directeur de l’Opéra Grand Avignon, pour une saison sous le signe de l’égalité

Rencontre avec Pierre Guiral, directeur de l’Opéra Grand Avignon, pour une saison sous le signe de l’égalité

12 septembre 2018 | PAR Solene Paillot

Liberté l’année dernière, Fraternité l’an prochain, l’Opéra Grand Avignon poursuit son triptyque avec une saison 2018-2019 sur le thème de l’Égalité. Pour Pierre Guiral, directeur de l’Opéra depuis le départ de Raymond Duffaut en 2017, ce qui compte le plus c’est la transmission.

Vous avez choisi de placer cette nouvelle saison sous le signe de l’égalité, pourquoi ?

C’est pour moi une raison qui me semble très importante: on considère aujourd’hui que l’opéra est citoyen, et qu’il a sa place dans la société. il n’est plus considéré comme un divertissement, au temps où l’on venait y passer quelques heures le soir et le dimanche. On a un vrai rôle à tenir, et notre thème de cette année nous permet de parler de l’égalité entre les hommes et les femmes, de l’esclavage, de l’homophobie, et de bien d’autres thèmes. Dans l’opéra nous aurons par exemple les Noces de Figaro, l’opéra de Mozart, issue de Beaumarchais, dans la mise en scène de Stephan Grögler, qui, il faut le rappeler, a été interdit car il remettait beaucoup trop en cause l’ordre établi. Pour nous, c’est une façon de rappeler que l’égalité n’est jamais terminée. De façon anecdotique, il y a sur l’opéra historique la devise indiquée en lettre d’or, c’est une manière d’emporter avec nous un peu de l’ancien opéra au nouveau.

Qu’avez vous prévu pour l’ouverture de la saison ? `

Nous ouvrons avec le concours de chant qui s’appelle Raymond Duffaut, pour la quatrième fois. Il porte ce nom pour rendre hommage à mon prédécesseur Raymond Duffaut, qui a donné toute sa vie à l’Opéra d’Avignon, en dirigeant 42 saisons, ce qui est fantastique et même, je pense, un record mondial. C’est un amoureux de la voix et des jeunes chanteurs, dans le sens ou il a toujours d’une part, aidé le chant français, mais aussi aidé les plus jeunes, c’est pour ça qu’il préside le concours du jury, dont les éliminatoires et les finales auront lieu à la fin du mois de septembre. La particularité de ce concours, est qu’il commence avec des jeunes chanteurs de 16 ans, puisque la première catégorie englobe des personnes de 16 à 18 ans, ce qui est très inhabituel, et qui a provoqué beaucoup de questionnement. Bien entendu, on tient compte de cette différence et de cette particularité, mais cette catégorie nous offre quelque chose de vraiment fantastique.

Cela donne lieu à des spectacles sur l’année suivante ?

Tout à fait, nous faisons même des jumelages. Par exemple, les finalistes de la deuxième année sont partis chanter en Hongrie cette année, et nous les recevons aussi chez nous pour certains concerts.

Il y a t-il un espace prévu pour faire de la création ?

Oui et non, c’est-à-dire que nous faisons beaucoup de co-production. Pour la création elle même, nous y travaillons car nous avons plusieurs thèmes sur le feu. Nous voulons faire de vraies créations contemporaines et réaliser des commandes auprès des compositeurs qui se tiendront à la fois à l’Opéra Confluence, qui est un opéra éphémère, et à l’opéra traditionnel du centre ville d’Avignon.

Et concernant les coproductions de la saison ? 

Nous avons beaucoup de coproductions. Par exemple, Il mondo alla roversa, parle des problèmes de la parité homme-femme. Sans dévoiler le projet, c’est une île dirigée à tour de rôle par des hommes et par des femmes, qui va voir naitre un conflit pour savoir qui gardera le pouvoir. C’est une co-production réalisée avec Akadêmia, un ensemble de l’Est de la France dirigée par Françoise Lasserre. Il y a donc dans ce projet l’opéra de Reims et celui d’Avignon, et dans la foulée nous allons jouer à la Philharmonie de Paris ! Pour les fêtes de fin d’année, nous avons, avec les opéras de Marseille et Reims, une très belle co-production sur Orphée aux Enfers : un opéra-bouffe en deux actes, et quatre tableaux de Jacques Offenbach ! Tout au long de l’année, nous travaillons sur des coproductions mais aussi sur des créations propres.

Pouvez-vous nous en citer quelques unes que nous pourrons voir en 2018 ?

On peut citer La Bohème, qui est une commande à Frédéric Roels, créée de A à Z. On aura aussi en fin d’année, L’Élixir d’amour de Donizetti par Fanny Gioria. Et c’est une création purement avignonnaise !

Qui dit 2018 dit centenaire de 1918, et vous avez deux rendez-vous majeurs pour l’occasion, pouvez-vous nous en parler ?

Un de ces deux rendez-vous sera un moment suspendu, magnifique, puisqu’on a la chance de recevoir le 4 novembre la Maitrise des Bouches-du-Rhône, dirigée par Samuel Coquard, qui vient chanter le Requiem de Fauré en version pour chœur d’enfants à la Collégiale Saint Didier. Pour le second, intitulé « Chants de guerre et de paix », je participe en tant que baryton à un trio, en compagnie de la soprano Lydia Mayo et le pianiste Eric Breton. Nous allons présenter une série de textes et de chansons de 1914-1918 à la fois drôles, tristes, engagés…

C’était une obligation ou une volonté de votre part de faire ces commémorations ?

Il n’y a pas d’obligation. La programmation est toujours très ouverte et sans contraintes particulières mais, tout à l’heure, je vous parlais d’opéra citoyen, donc il aurait été inconcevable qu’on n’arrive pas à s’inscrire dans cette commémoration qui est très forte.

Dans la série ouverture au public vous lancez quelque chose qui s’appelle Apér’Opéra, qu’est-ce que c’est ?

C’est un moment qui se passe tous les samedis après-midi en plein centre d’Avignon, dans l’amphithéâtre Mozart du conservatoire. Nous présentons des jeunes chanteurs accompagnés au piano, qui ont carte blanche. Ils vont présenter un programme avec un thème comme l’amour, les fleurs ou les papillons … puis, à l’issu de ce récital d’une heure environ, on a sur le parvis, à l’intérieur du conservatoire un petit apéro offert au public. Cela permet au public de rencontrer les interprètes, de donner son avis. Les jeunes chanteurs sont donc évalués grâce au public. Ils apprennent ce qui a plu ou ce qui a déplu dans leur prestation. Les différentes critiques forgent leur caractère, leur personnalité, et surtout leur permettent d’acquérir de l’expérience.

Comment faites-vous pour que les personnes qui ne viennent pas à l’opéra aient envie de venir?

Sur la thématique de la devise, on a chargé Isabelle Rosier de travailler avec des écoles de l’agglomération. Chaque année, on accueille 300 enfants qui, sur une période de deux ans, montent un spectacle avec des musiciens de grande qualité qui viennent du conservatoire. On reçoit aussi des milliers d’enfants qui viennent les écouter. Cela est très porteur, car quand les enfants s’entendent chanter entre eux, ils ressentent la qualité, la concentration, l’application et le bonheur , ce qui suscite l’inspiration. C’est dans des lieux comme les nôtres qu’il faut leur donner une place. Ici, il y a une belle vue, une belle acoustique, il y a un côté magique et formidable pour les plus jeunes, même si je n’ai rien contre les salles polyvalentes, qui servent de lieu d’expression, mais qui ont souvent une mauvaise acoustique. Quand on a la chance d’offrir un lieu comme le notre on le fait ! Nous avons aussi toute une politique d’accueil sur des concerts et des spectacles avec des tarifs réduits, voir gratuits.

Crédits : © affiche officielle

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Solene Paillot

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