Opéra

Puissance, fidélité, rigidité avec « Fidelio » à Angers

Puissance, fidélité, rigidité avec « Fidelio » à Angers

15 avril 2018 | PAR Sarah Reiffers

Les 11 et 13 avril derniers les Angevins ont pu (re)découvrir l’unique opéra de Beethoven par Angers Nantes Opéra, en coproduction avec l’Opéra de Rennes. Portée par un groupe de solistes solides et une bonne direction musicale (Erki Pehk), cette version de Fidelio souffre pourtant d’un manque de théâtralité et d’émotions.

Monté pour la première fois en 1805, Fidelio est le seul opéra composé par Beethoven. Singspiel en deux actes, alternant moments chantés et dialogues, l’œuvre explore et valorise les idéaux du siècle des Lumières tels que la liberté, la fraternité ou encore la justice – et s’appuie sur un personnage féminin bien plus fort et actif que ce à quoi l’opéra nous a habitué.

Pour sauver son époux Florestan, enfermé par le tyrannique Pizarro pour avoir osé parler contre lui, Léonore se déguise en homme et s’infiltre dans la prison. Elle sera Fidelio, ce double masculin symbole de fidélité (justement) à toute épreuve et d’amour vertueux, qui apportera la lumière dans le monde carcérale des prisonniers politiques. Ici comme souvent la lumière est symbole de vérité, d’espoir et de liberté ; confinée d’abord, n’apparaissant qu’à travers des portes et fenêtres bien vites refermées, elle triomphe à la fin (mais sans être, et on peut peut-être le regretter, vraiment éblouissante) lorsque le règne tyrannique de Pizzaro prend fin et les prisonniers retrouvent leur liberté.

Pour mettre en scène ce Fidelio, Philippe Miesch, scénographe et architecte de formation, a décidé de ne jamais forcer la théâtralité. Un choix qui passe souvent mal : il est dur de croire, par exemple, au bonheur des prisonniers libérés et des couples réunis lorsque ceux-ci chantent leur joie tout en restant raides comme des poteaux. Cette mise en scène a cependant le mérite de laisser une (très) grande place à la musique, toujours débordante et riche, portée par des interprètes solides. Car Fidelio ne fait pas dans la finesse mais mise sur la puissance des voix comme des instruments : il repose sur des duos, trios ou quatuors pour faire se mêler les voix, jusqu’à l’apothéose finale et son chœur d’hommes et de femmes célébrant la liberté, la vérité, et la bonté de Dieu. Un tel débordement de sons aurait, peut-être, mal supporté une mise en scène trop exubérante. Il n’empêche que le rigidité sied mal à la puissance des émotions.

Philippe Miesch place ses interprètes dans un décor sombre (les murs noirs de la prison), n’hésitant pas à exploiter tout l’espace pour accentuer l’effet de claustrophobie. On se croirait presque dans De la maison des morts de Chéreau. Il opte pour une transposition moderne bienvenue et efficace car accentuant le caractère très actuel de l’opéra de Beethoven. Fidelio aborde des thèmes éternels qui ont résonné, vendredi dernier à Angers, avec autant de pertinence qu’il y a 200 ans à Vienne.

Visuels : ©Jef Rabillon pour Angers Nantes Opéra

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