Opéra

Place aux jeunes sur les vieux schémas du désir avec « La Ronde » de Philippe Boesmans

Place aux jeunes sur les vieux schémas du désir avec « La Ronde » de Philippe Boesmans

03 novembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 11 novembre 2917, l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille propose une nouvelle mise en scène de La Ronde, sur une musique composée par Philippe Boesmans en 1993 d’après la mythique pièce d’Arthur Schnitzler. Un choix contemporain pour mieux prouver que rien ne change vraiment dès qu’on parle de désir. 

[rating=3]

La première du 2 novembre a commencé par un mot du directeur, Stéphane Lissner, pour placer cette représentation sous le signe de l’hommage à Liliane Bettencourt, dont la Fondation est grande mécène de  l’Opéra national de Paris.

Conduits par le jeune Jean Deroyer et mis en scène par la non moins énergique Christiane Lutz, les musiciens en résidence à l’Académie de l’Opéra national de Paris jouent depuis le côté gauche de la scène une musique qui accompagne dix chanteurs presque tous en résidence à l’Académie de l’Opéra national de Paris, pour un long acte très théâtral où le désir est un jeu de manipulation qui se propage comme une maladie dangereuse. Reproduisant la façade de l’Opéra Bastille avec certaines scènes projetées  sur les parois,qui transmuent le carrefour en Potzdamer Platz du temps de Kirchner, la mise en scène à l’intelligence d’éviter le tourniquet qui est souvent utilise pour mettre en scène le désir décadent de « Vienne au crépuscule » (à la Comédie Française pour La Ronde  par Anne Kessler dernièrement ou à la Colline, Braunschweig pour Lulu en 2010). Au contraire, la façade se fait piédestal, et pourvoyeuse de bars, cheminées ou ponts pour figurer le bar, la rue ou le foyer conjugal. Côté musique, le son complexe de Boesmans marque le théâtre et l’influence du Singspiel en pointant un peu du côté de Strauss (notamment avec certaines envolées orientalistes bien portées notamment par la voix de la soprano Sofia Petrovic) et surtout du côté d’Alban Berg. Avec quelques brèves plages musicales aux textures suaves et épaisses.

L’on commence par la jeune et ravissante prostituée (la soprano Sarah Shine, excellente) qui envoie son militaire dans les bras de la femme de chambre (Jeanne Ireland) qui papillonne avec un jeune homme (Maciej Kwasnikowski). Ce dernier se laisse séduire par une femme mariée (Marianne Crous qui endosse bien ce rôle ajoute une note d’humour aux ébats puis une note de mélancolie au rôle de femme au foyer) qui retrouve son homme (Mateusz Hoedt). Ce dernier séduit une étudiante (belle voix grave de la mezzo-soprano égyptienne Farrah El-Dibany) qui se l’aise aussi berner par le poète (le ténor montant Jean-Francois Marras transmué en photographe pour un jeu de charme bien trouvé). La star arrive (Sofia Petrovic au coffre wagnérien) qui transmue l’amour mais pas le sexe en inspiration. Le comte (charismatique Danylo Matviienko) clôture en prédateur cette ronde en rejoignant la jeune prostituée.

Malgré les baskets de l’étudiante et les images du Paris d’aujourd’hui, rien n’a changé depuis Schnitzler, Berg et Strauss : le désir est une comédie grinçante qui ne se réinvente pas. S’il faut que tout change pour que rien ne change, le public est ravi que les voix et les musiciens de demain aient repris ainsi « Le monde d’hier » pour en faire une joie au présent ….

Durée du spectacle : 2:10.

(c) Studio J’adore ce que vous faites! ONP

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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