Opéra

Pierre Guiral, directeur de l’Opéra Grand Avignon nous parle de la nouvelle saison « Fraternité » !

Pierre Guiral, directeur de l’Opéra Grand Avignon nous parle de la nouvelle saison « Fraternité » !

22 octobre 2019 | PAR Chloé Coppalle

Au début du mois d’octobre, la rédaction vous présentait la nouvelle saison de l’Opéra Grand Avignon, placée sous le signe de la fraternité ! Pour l’occasion, Pierre Guiral a accepté de répondre à nos questions ! 

Vous parlez beaucoup d’accès de l’opéra à un public plus large. Comment présenteriez vous à un public néophyte cette nouvelle saison 2019-2020 ?

C’est une longue histoire. Je savais qu’il y aurait trois ans d’attente avant la réouverture. Or, sur le fronton de l’opéra est inscrite la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité ». Sachant que nous partions alors dans une salle éphémère située extra-muros, c’était une façon d’emporter un peu avec nous l’opéra historique, en transposant ce frontispice sur trois saisons*. Ce choix s’est fait aussi, parce que la place de l’opéra, ce n’est pas qu’une place de divertissement. C’est aussi un lieu de réflexion, on doit être amené à réfléchir sur de grands thèmes tels que la liberté, l’égalité et la fraternité.
Comment cela se traduit ? Ce sont des notions qui s’interpénètrent. On n’arrive pas expliquer ce que contiennent les unes des autres, mais l’ensemble de la programmation a été pensé chaque année en proposant des œuvres qui attirent l’attention du public sur ces trois thèmes. Pour la saison 2019-2020, il y a par exemple Hansel et Gretel, l’œuvre évoque la fraternité : grâce à leur soutien et à leur amour respectif, un frère et une sœur vont tenter de fuir une sorcière voulant les manger… D’une façon très symbolique, c’est ici l’essence même de la fraternité : symbole de soutien, d’amour, du respect de l’autre, et d’entraide.

Une pièce de théâtre à destination des « familles » fera également réfléchir sur cette notion de « fraternité » mais aussi sur celle de la citoyenneté : Quand j’étais petit je voterais. C’est une pièce absolument géniale pour les enfants programmée pendant la période des élections municipales de mars 2020.
Il y a également une coopération menée sur trois ans, avec toutes les écoles du Grand Avignon, pour traiter chaque année les différents thèmes. La première année évoquait le jazz et le cirque, le jazz comme expression de la liberté musicale. La deuxième année concernait les musiques du monde, pour l’égalité, en mettant en avant notamment des musiques des pays de l’Est. Cette année est fondée sur la fraternité avec les cultures urbaines, le hip hop, le street art, le graff, comme expression d’une nouvelle fraternité pour les jeunes.

Je ne vous donne que quelques petits exemples car on a 174 levés de rideaux ! L’idée est d’avoir conçu une unité de programmation et de propositions pour trois ans « hors les murs ».

*NB : La première saison s’intitulait la Saison Liberté , la deuxième année s’appelait la Saison Égalité, et cette nouvelle programmation, qui est la dernière du cycle, se nomme « Fraternité ».

Par rapport aux mises en scènes, on peut avoir une vision de l’opéra, je dirais, peut-être un peu vieillotte. Mais en même temps, il y a aussi des pièces qui sont très contemporaines. A l’opéra de Paris, par exemple, Benjamin Millepied, en danse, avait beaucoup travaillé sur le contemporain, et ça n’avait pas marché non plus. Il y a toujours cette tension dans les arts en général entre contemporain et pas contemporain, comment travaillez vous avec cela ?

Il faut qu’une mise en scène revisite un peu l’ouvrage, mais ne le trahisse pas, ne le dénature pas, l’œuvre doit être respectée. Il ne faut pas transposer pour transposer, c’est de l’ordre du respect. On peut complètement amener une autre lecture à une œuvre qui a 150 ans. Une autre temporalité, une autre esthétique, sans problème, mais il ne faut pas qu’il y ait d’anachronismes, il ne faut pas quelque chose qui soit irréalisable. De l’inventivité, de la créativité, du respect, ça veut dire aussi beaucoup de culture de la part du metteur en scène.

Vous attaquez la troisième saison « Hors les murs » qui va se terminer cette année. Avez vous vu des avantages à ce que la salle soit délocalisée ? Je pense au fait qu’elle ne soit plus dans le même quartier, par exemple.

La réponse n’est pas simple, parce qu’un opéra c’est à la fois un lieu et une activité, c’est-à-dire qu’il y a un décorum, une acoustique, une histoire aussi… L’Opéra Grand Avignon a bientôt deux cents ans ! Les murs respirent la musique. L’Opéra centre-ville est chargé d’histoire. Les plus grands chanteurs, les plus grands orchestres, les plus grands solistes sont venus s’y produire. Qu’on le veuille ou non, quand vous entrez dans une cathédrale ce n’est pas anodin, même si vous n’êtes pas croyant. Un opéra c’est un peu ça, on est pris par la magie du lieu. Inversement, l’aspect qui a été très positif avec l’Opéra Confluence c’est qu’il a permis de libérer le public. Ce lieu n’a pas un côté solennel qui fait dire à certains « ce n’est pas pour moi ». Le public vient à Confluence de façon plus décontractée. L’Intérieur de la salle est plus ouvert, il n’y a pas de galeries à travers les étages, on n’est pas situé de la même façon. Cela supprime la notion de hiérarchie de placement. On a découvert de nouveaux visages, c’est clair. Notamment des familles venant voir leurs enfants dans le cadre des projets du street art. Un nouveau public a découvert Confluence, par contre certaines personnes nostalgiques n’ont pas suivi ce changement.

Oui, c’est dans les deux sens. Vous parlez justement de vendre Confluence. Il y a une deuxième salle avec le Grand Avignon, mais qui n’est pas dans Avignon même, qui est à Vedène. Avez pensé un moment garder le projet de Confluence pour profiter d’une salle intra et extra muros ?

Non, car après les travaux, nous aurons une nouvelle petite salle sous le parterre, que nous n’avions pas avant, et qui permettra de proposer de plus petites formes. Pourquoi pas des soirées jazz, des soirées un peu plus inhabituelles dans un lieu d’opéra. On ne peut pas multiplier, car pour le festival ça peut se comprendre, mais tout au long de l’année, c’est beaucoup plus difficile d’avoir deux lieux. L’agglomération du Grand Avignon, c’est stricto sensus 280 000 personnes, plus la zone d’influence qui représente environ 500 000 personnes, donc ce n’est pas non plus très grand. On en a déjà deux, plus la prochaine petite salle en bas.

 

Visuel : affiche de la Saison Fraternité 2019, Opéra Grand Avignon 

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