Opéra

« Le Pavillon aux pivoines » : une ode intemporelle à l’amour

« Le Pavillon aux pivoines » : une ode intemporelle à l’amour

12 février 2018 | PAR Mariama Darame

Vendredi 9 février, la troupe du Shanghai Zhangjun Kunqu Art Center était invitée pour la première fois à Paris à l’occasion du nouvel an chinois pour interpréter l’opéra légendaire « Le Pavillon aux pivoines ». Une expérience unique à la Philharmonie de Paris et l’occasion de découvrir l’un des joyaux de la culture chinoise.

Le prélude s’achève. Belle, l’héroïne, apparaît enfin. Coiffe ornée de pierres précieuses, robe bleu ciel aux broderies somptueuses… Une vision onirique s’offre au regard des spectateurs de la Cité de la Musique. En ce weekend placé sous la célébration du nouvel an chinois, la Philharmonie de Paris consacre sa première soirée à un opéra mythique. « Le Pavillon aux pivoines » ou l’histoire d’une passion amoureuse dévorante. Celle de Belle, fille du préfet de Nan’an sous la dynastie Song, et Liu, un jeune homme aux origines modestes. Leur première rencontre est un rêve et leur retour à la réalité, une tragédie. Le désir qu’ils éprouvent l’un pour l’autre est si fort qu’il conduit Belle à délaisser la vie. En quatre actes, les chants lyriques se succèdent et les voix de Zhang Jun et Xu Sijia, les deux interprètes principaux, s’accordent sur des tonalités impressionnantes. Nombreux sont les états d’âmes qui tourmentent nos deux héros : de la pudeur au désespoir, en passant par les excès d’un amour irraisonnable. Seul la divinité des rêves, sorte de créature burlesque drapée de rouge, parviendra à réunir les deux amants.

Une tradition artistique ancestrale

Le « Shakespeare Chinois », Tang Xianzu présente pour la première fois « Le Pavillon aux pivoines » en 1598. Elle deviendra plus tard l’œuvre emblématique de la tradition artistique chinoise kunqu. Mêlant la mise en scène théâtrale et les chants lyriques de l’opéra, le kunqu fait la synthèse de ces deux arts, donnant lieu à une expérience radicale. L’adaptation de la Shanghai Zhangjun Kunqu Art Center présentée à la Cité de la musique propose une version magnifiée de la « plus ancienne forme d’opéra chinois encore jouée ». Les gestes se font gracieux et élégants sur fond de mélodie jouée à la flûte de bambou, les visages s’animent aux sons des gongs et autres percussions… On en oublierait presque que ce théâtre-opéra se joue en mandarin, et qu’il propose une lecture de la passion amoureuse quelque peu désuète. Mais c’est sans compter sur l’authenticité et la justesse d’interprétation de Zhang Jun alias Liu, la figure incontournable du kunqu moderne. Directeur artistique sur ce projet, il est engagé depuis une dizaine d’années pour la promotion à travers le monde de cet opéra traditionnel, distingué par l’Unesco au rang de chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel en 2001. Une reconnaissance justifiée au vu de la salve d’applaudissements à la fin de la représentation. Et une expérience vécue pour beaucoup sous le signe de l’émotion.

Visuels : ©Shanghai Zhangjun Kunqu Art Center, Philarmonie de Paris

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Mariama Darame

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