Opéra

Nicole Chevalier, splendide et indomptable Médée à Berlin

Nicole Chevalier, splendide et indomptable Médée à Berlin

26 juin 2017 | PAR Nicolas Chaplain

A la Komische Oper de Berlin, Nicole Chevalier interprète Médée dans l’opéra éponyme composé par Aribert Reimann en 2010. Dans la mise en scène sombre et moderne de Benedict Andrews, la soprano est éblouissante.

Médée, fille du roi de Colchide a trahi son père, tué son frère, fui son pays par amour pour Jason. Le livret conçu d’après la pièce de Franz Grillparzer, dramaturge autrichien du 19e siècle, met en exergue la dimension politique du mythe. Médée y est présentée non pas comme une sorcière monstrueuse mais comme une étrangère, une déracinée, confrontée à la violence et à l´hypocrisie du pouvoir. Cette Médée est ainsi d’une actualité brûlante car elle interroge le sort réservé aux étrangers et aux marginaux ainsi que leur intégration dans nos sociétés.

A Corinthe, Médée implore l’asile et, pour tenter de s’intégrer, quitte son voile rouge. Elle enterre le passé, gratte la terre noire qui recouvre le grand plateau pour enfouir dans le sol ses souvenirs de Colchide. Abandonnée, humiliée par Jason, écartée par la Cour, Médée se venge. Sublime et provocante, elle tue ses enfants comme pour affirmer sa liberté.

Nicole Chevalier explore les multiples facettes de ce rôle ardu et parvient à incarner les différents visages de Médée. Elle est à la fois terrifiante et vulnérable, orgueilleuse et désespérée, rebelle et victime. Sa Médée est une femme d’aujourd’hui, ordinaire et complexe à la fois, profondément humaine, emprunte de sauvagerie, troublante et touchante. Sa prestation est incroyable. Son chant est naturel malgré les difficultés de la partition, son engagement physique est total. Défigurée – Jason macule le visage et le corps de Médée de peinture blanche -, elle chante sa douleur et sa colère.

Le reste de la distribution est tout aussi convaincant. Günter Papendell est un Jason séduisant, bad boy opportuniste et cruel. Il délaisse Médée pour les douces vocalises et la silhouette longue et fine de Créuse interprétée par Anna Bernacka. Nadine Weissmann est la nourrice, attentive et consolante. Le remarquable contre-ténor Eric Jurenas est le héraut. Il apparaît en travesti, vêtu d’une robe bleue pailletée. Les lumières pâles, la scénographie brute et sobre accentuent le drame. Souvent fixes, face au public, les chanteurs saisissent. Les deux enfants de Médée et Jason, témoins impuissants et silencieux de l’action, sont deux marionnettes que manipulent les chanteurs. L’orchestre, tout en tension, est dirigé par Steven Sloane avec clarté et puissance. Les percussions et les gongs placés dans la salle de chaque côté de la fosse évoquent les rituels, les cordes et les flûtes crient dans les aigus, pleurent des sons angoissants et déchirants.

A la Komische Oper de Berlin, juin 2017. © Monika Rittershaus

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