Opéra
Martin Muehle au Brésil : le retour du fils prodige

Martin Muehle au Brésil : le retour du fils prodige

09 septembre 2022 | PAR La Rédaction

Dans son nouveau bâtiment, l’Orchestre Symphonique de Porto Alegre (OSPA) au Brésil a accueilli un public enthousiaste venu applaudir un enfant du pays, le ténor Martin Muehle qu’ils n’entendaient pas depuis une vingtaine d’années. Ce samedi 27 août, aux côtés de sa femme, la soprano brésilienne Claudia Riccitelli, il était de retour pour un unique Gala lyrique unanimement apprécié.

Par Marta Huertas de Gebelin

Au Brésil, on voit grand. Ce n’est pas étonnant. C’est à la mesure du pays. La réalisation d’un projet y prend donc souvent assez longtemps. C’est bel et bien ce qui est arrivé à l’Orchestre Symphonique de Porto Alegre (OSPA), organisme géré par le gouvernement de l’État de Rio Grande do Sul, situé au sud de cet immense pays sud-américain, il aura fallu soixante-dix ans pour que l’orchestre s’installe dans un espace bien à eux. En 2018, a enfin ouvert au public la salle de concert à 1100 places assises où l’orchestre se produit régulièrement. Maintenant, les habitants de Porto Alegre fêtent l’imminent accomplissement d’un rêve : le grand complexe musical au cœur de la ville, dont cette salle de concert fait partie, devrait être fin prêt dans quelques mois.

Pour cette saison, l’OSPA a invité le ténor germano-brésilien Martin Muehle et sa femme, la soprano Claudia Riccitelli, à se produire avec eux. Muehle revient à sa ville natale – le temps d’un concert – après vingt ans d’absence. En effet, si le ténor est né à Porto Alegre, l’essentiel de sa carrière s’est toujours déroulé en Europe (Berlin, Munich, Cologne, Palerme, Maggio Musicale, Moscou, Barcelone, bientôt Parme, Stuttgart, Amsterdam, Madrid, encore et toujours Berlin) où il chante Don José, Radamés, Otello, Des Grieux, Cavaradossi, Maurizio, Calaf, Turiddu, Canio, Chénier. Autant dire que, pour lui, le répertoire vériste relève du quotidien.
Née elle aussi au Brésil, la soprano Claudia Riccitelli avait eu un début de carrière très prometteur. Elle s’était produite dans plusieurs villes brésiliennes ainsi qu’en Argentine, Uruguay et Colombie, et avait été choisie par Claudio Abbado pour interpréter les Bachianas brasileiras d’Heitor Villa-Lobos lors de la première tournée sud-américaine de l’Orchestre Philharmonique de Berlin. Mais les artistes lyriques ne sont pas des automates qui chantent, comme l’estiment parfois certains mélomanes ! Un beau jour, elle est tombée amoureuse d’un certain Martin Muehle et de leur union est née une petite fille qu’elle a choisi d’élever elle-même plutôt que de continuer à chanter. À présent, et cela depuis quelque temps, soutenue par son mari-ténor, elle a repris sa carrière lyrique.

Partenaires donc à la ville et maintenant sur scène, Riccitelli et Muehle ont offert à Porto Alegre un programme essentiellement vériste où Puccini régnait en maître, mais qui accordait aussi une place de choix à Mascagni, Giordano et Ponchielli. Un Gala lyrique façonné par et pour un couple de chanteurs.
De fait, peu d’airs jalonnaient le concert. Claudia Riccitelli, qui possède une voix de grande expressivité au riche médium, avait choisi de chanter l’air iconique “Suicidio!” du 4e acte de La Gioconda de Ponchielli, un air d’une extrême difficulté, car on y passe dans une même phrase des notes très graves à d’autres très aiguës. Relever ce défi n’est pas toujours aisé.
De son côté, Martin Muehle a penché pour des airs qu’il chante souvent sur scène: “Donna non vidi mai” de Manon Lescaut et “Come un bel dì di maggio” d’Andrea Chénier. Sa voix claire et puissante, bien projetée, aux aigus solaires d’une grande aisance en fait un interprète idéal pour les rôles véristes de ténor.
Mais, de toute évidence, les deux interprètes avaient concocté pour cette soirée un programme structuré autour de trois célèbres duos d’opéra: “Mario! Mario! Mario ! Son qui” de Tosca, “E ben altro il mio sogno” de Il Tabarro et “Tu qui, Santuzza!” de Cavalleria Rusticana. Dans ces duos d’amour et de désamour, l’alchimie entre les deux solistes s’est traduite tantôt par un chant plein d’émotion, tantôt par une forte intensité dramatique, soulignés par une gestuelle toute en finesse. L’affrontement entre Santuzza et Turiddu a été notamment un des meilleurs moments lyriques de la soirée. Ce n’est pas pour nous étonner puisque ce sont des rôles qu’ils connaissent bien tous les deux.
Pour accompagner le couple Muehle – Riccitelli, l’OSPA avait invité le chef italien Alessandro Sangiorgi. Attentif aux chanteurs, il a su tirer le meilleur des bons musiciens dont il assurait la direction. Et dans les pages orchestrales, sous sa baguette précise et expressive, l’orchestre a déployé un son généreux, romantique et puissant dans l’Ouverture de Die Meistersingers von Nürnberg, intense et inspiré dans l’Intermezzo du 3e acte de Manon Lescaut, lyrique et passionné dans celui de Cavalleria Rusticana.

Pour le bis Martin Muelhe a choisi un sommet du répertoire : l’air “E lucevan le stelle” de Tosca. Accueilli par les applaudissements serrés du public debout, qui ne voulait pas partir sans écouter encore une fois les artistes invités, le couple de chanteurs a repris la deuxième partie du duo de Cavalleria Rusticana pour clôturer le gala en beauté.

Visuels : © Leandro Rodrigues

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