Opéra
[Live report] « La Grande Duchesse » au Théâtre de l’Athénée : Ah ! Qu’ils s’aiment les militaires !

[Live report] « La Grande Duchesse » au Théâtre de l’Athénée : Ah ! Qu’ils s’aiment les militaires !

20 décembre 2013 | PAR La Rédaction

Jusqu’au 5 janvier, la compagnie Les Brigands joue au Théâtre de l’Athénée La  Grande Duchesse, spectacle adapté de l’opéra bouffe de Jacques Offenbach. De l’insolence au carré.

Sur la minuscule scène de l’Athénée, les chanteurs mêlés aux musiciens se serrent, se frôlent, se donnent de l’espace ou se poussent sur leur siège, en un mécanisme joliment huilé par les soins du metteur en scène Philippe Béziat. Les pupitres et les chaises circulent sur des fils à tendre le linge, s’échangent contre les lits de camps, des cubes de bois servent tantôt d’estrade pour orateur fantoche ou chef d’orchestre bouillonnant, tantôt d’escalier pour grande duchesse désœuvrée. À petit espace, intrigue concentrée. Les airs célèbres s’enchaînent, agrémentés de chorégraphies potaches (attention les archets), le Général Boum (Antoine Philippot) parade en tonitruant son nom, la Grande Duchesse (Isabelle Druet) crie son amour aux militaires, puis honore le « s-s-s-s-sabre » de son père, puis tombe amoureuse, puis nomme le simple soldat Fritz « baron et comte d’Avallvintt-katt-chopp-Vergismein-nicht », puis change d’avis… Sous la plume de l’orchestrateur Thibault Perrine et la baguette de Christophe Grapperon, la musique d’Offenbach ne perd rien de son ironie subtile et de sa pétillante légèreté.

Pour un peu, on se croirait dans un cartoon, mais un cartoon un brin provocateur et grinçant, un cartoon où Offenbach lirait Le Petit Journal et le Mercure de France mais aussi Têtu. Sur l’ambiance de Westphalie voltairienne flotte un drapeau aux couleurs arc-en-ciel. Musiciens et jolis soldats portent leur salopette verte sur un torse nu couvert de tatouages. La cantinière Wanda dont Fritz est amoureux dans la version originale a cédé la place à… un autre soldat. Des militaires devenus militants ? Ce serait bien trop évident, et la mécanique de l’intrigue ne s’y arrête pas. Comme dans un film muet, les méchants complotent avec force, mimiques et grimaces entendues. Flannan Obé compose un Baron Puck tout en sourcils arqués, pommettes saillantes et persiflage, quand Olivier Hernandez chante un Prince Paul bête comme un costume de marié trop tôt porté.

C’est une tradition pour la facétieuse compagnie Les Brigands de secouer les fêtes de fin d’année d’une opérette enlevée. Avec cette Grande Duchesse, les bulles de champagne font des clins d’œil à l’actualité, et de la contrainte d’un espace minimal naît un comique maximal !

Victorine De Oliveira 

Visuel : © Claire Besse – théâtre Athénée Louis-Jouvet

La Grande Duchesse, d’après La Grande Duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach

Livret : Henri Meilhac et Ludovic Halévy ; direction musicale : Christophe Grapperon ; mise en scène Philippe Béziat ; compagnie Les Brigands

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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