Opéra

Les pivots amoureux de Mozart et Anne Teresa de Keersmaeker au Palais Garnier

Les pivots amoureux de Mozart et Anne Teresa de Keersmaeker au Palais Garnier

18 septembre 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il fallait oser, l’Opéra l’a fait. Et avec quel génie… S’emparer de Cosi Fan Tutte (1790), la dernière collaboration entre Mozart et Lorenzo Da Ponte, et traduire le célèbre opéra bouffe en danse. En donnant les rennes à l’immense chorégraphe flamande, l’humour se teinte d’une radicalité qui fait de cette version de Cosi un monument de beauté.

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Le plateau immense est nu. Il est blanc, juste orné au sol des célèbres cercles mathématiques qui font la signature d’Anne Teresa de Keersmaeker. Des panneaux transparents reflètent la lumière et des mini-bars sont nichés dans le mur. A l’œil, on le sait avant l’entrée des chanteurs et des danseurs, la comédie sera un mouvement décalé.

La musique est construite de la sorte, elle insère du vide. « La musique se tisse de silences » écrit Philippe Jordan qui dirige les représentations jusqu’au 8 octobre. Elle est surtout très décalée par rapport à l’histoire racontée. Elle est très simple et très futile. Don Alfonso (Paul Szot / Bostjan Antoncic), un  vieux philosophe, propose aux officiers Ferrando (Cyrille Dubois/ Julien Monty)  et Gugliemo ( Philippe Sly/ Michaël Pomero) de tester la fidélité de leurs fiancées, Dorabella (Michèle Losier/ Samantha van Wissen)  et sa sœur Fiordiligi (Jacquelyn Wagner/ Cynthia Loemij). Alors, qu’allait faire Anne Teresa de Keersmaeker dans cette histoire qui lui ressemble peu ? L’idée est de montrer la distance entre les mots et les gestes. Pour tester les filles, les garçons vont se déguiser en autres et les séduire de façon si insistante qu’elles ne peuvent pas résister.  Pour se faire, chaque chanteur est doublé par un danseur. La distance entre ce qui est montré et la réalité des sentiments est superbement chorégraphiée. La danse est comme toujours composée de pivots et de pas en arrière, les balances se nichent dans le haut du corps et le mouvement se suspend jusqu’à l’inattendu. La pétillante servante, Despina (Ginger Costa-Jackson/ Yuika Hashimoto) va elle rentrer dans le jeu d’Alfonso avec un mépris fou « Cette proposition ne me déplaît point. Mais avec ces deux filles ridicules, bref, écoutez : Sont-ils jeunes ? Sont-ils beaux ? Et surtout ont-ils une bonne bourse vos concurrents ? »

Tout est prétexte ici à illustrer le mouvement éternel, pour ne pas dire perpétuel des sentiments amoureux. Tout concorde dans une parfaite dissonance : le sujet léger, la danse incarnée, la musique élégante.

Du côté des voix, la partition de la mezzo-soprano Ginger Costa-Jackson est réjouissante de puissance, tout comme celle, transpercée d’émotion de la soprano Jacquelyn Wagner.

Ce Cosi est follement réussi, il permet l’alliance des impossibles, dans une perfecte traduction des retournements et atermoiements amoureux.

Visuel :© Christophe Pelé / Opéra national de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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