Opéra

Le Baron Tzigane de Johannes Strauss en VF au Grand Théâtre de Genève

Le Baron Tzigane de Johannes Strauss en VF au Grand Théâtre de Genève

20 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Inspiré du roman Saffi de Mor Jokai, Le Baron Tzigane (1885) est l’une des opérettes les plus populaires du maître du genre, Johann Strauss. Avec une mise en scène signée Christian Räth, de retour dans sa ville de Genève après des années, une direction de l’Orchestre de la Suisse-Romande par Stefan Blunier et des dialogues adaptés en français par Agathe Mélinand, la généreuse version du Grand Théâtre de Genève est un moment de fête pendant les fêtes.

Revenu d’exil Sandor Barinkay (Jean-Pierre Furlan, aussi bon acteur que chanteur) retrouve son château en ruine. Alors qu’au village, les éleveurs de cochons sont en mauvais accord avec les tziganes, Sandor veut épouser la fille du chef du premier, Arsena (excellente Melody Louledjan, de plus en plus présente pour impressionner avec l’air « Ein Mädchen hat es gar nicht gut », malgré un rôle soliste. Elle est d’ailleurs en résidence au Grand Théâtre et camp). Mais cette dernière aime déjà Ottokar (Loïc Félix) et dit qu’elle ne pourra épouser qu’un baron. Resté dormir dans les ruines de son château, Sandor est réveillé par le doux chant de Saffi (Eleonore Maguerre) qui lui rappelle son enfance et l’honneur des tzigane. Il est leur baron et peut prétendre désormais à la main de Arsena. Mais le mépris et la froideur de cette dernière l’en détournent brusquement. Au grand dam du village choqué.

Les deux amoureux se sont trouvés (superbe air « Wer uns gertraut ? ») et un rêve révèle à Saffi où se trouve le trésor caché dans le château en ruine. Sandor est riche, ils seront heureux. Arrive le comte Homonay qui recrute pour l’armée et à qui Sandor tend son trésor. Alors que la mère d Saffi (Marie-Ange Todorovitch) révèle l’origine princière de sa fille, Sandor ne se sent plus à la hauteur : il part à la guerre a nom de l’Autriche-Hongrie pour se remettre de ne pas mériter sa belle gitane…

Riche en valses dès la mythique ouverture, mais mâtiné de marches militaires et évidemment de folklore, deux genres à la gloire du K und K, ce Baron tzigane n’a rien perdu de la beauté et la vivacité de sa musique terriblement entraînante. Transformant la contrée de l’empire en grand plateau de jeu de société en déséquilibre, Christian Räth transforme les cochons en veaux d’or et les gitans en bikers de Easy Rider. Les chanteurs s’en donnent à cœur joie pour jouer leurs personnages archétypaux, les mouvements de foule sur scène sont beaux et vifs.

Enfin, malgré quelque chorégraphies de mains un peu surannées et une tendance systématique à habiller les personnages félinins en princesses aux cuisses nues et ouvertes, les dés géants, les fusils en bois, les couleurs des costumes et les jeux sur les limites de la scène vont bien avec cette histoire à la fois très patriotique et finalement nuancée sur les Tziganes. Ou en tout cas une vision plus complexe sur cette question tzigane que le reste de l’Europe au même moment (et probablement que la Hongrie aujourd’hui même).

La traduction systématique des textes et des chants en français redouble un peu l’effet patriote et l’impression de retour d’exil, même si cette francisation de l’opérette se trouve mise à mal par le malaise de Christophoros Stamboglis. Hospitalisé depuis la première du 15 décembre, ce dernier se trouve remplacé par deux artistes dans son rôle de Zsupan : un chanteur qui s’exprime en allemand et un acteur qui parle … en français. Les deux langues restent, comme un aigle à deux têtes, dans un jeu de double finalement très loufoque et qui va bien avec le grand jeu que l’on suit quand on assiste au Baron Tzigane. Le tout forme un spectacle de fête dont on sort en chantonnant, dans des mots de la langue des Genevois, des airs que chantaient peut-être déjà en VO nos arrière-grands-parents.

En bonus l’air des amoureux Sandor et Saffi par Elisabeth Schwartzkopf et Sandor Gedda :

visuel : © GTG / Carole Parodi

Infos pratiques

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