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Lakmé à l’Opéra comique : sonnez clochettes !

Lakmé à l’Opéra comique : sonnez clochettes !

14 janvier 2014 | PAR La Rédaction

Jusqu’au 20 janvier, l’Opéra comique propose une nouvelle production de Lakmé, opéra du français Léo Delibes. Du sang (un peu), des larmes (beaucoup) et une Sabine Devieilhe à tomber.

Dans une Inde de charmes et de fantasmes, Lakmé, fille du brahmane Nikalantha, honore les dieux, promène sa langueur entre les colonnes du temple, soupire auprès de la source… jusqu’à ce que Gérald, jeune officier britannique, ose profaner ces lieux sacrés. La belle, au lieu d’être furieuse, tombe amoureuse. Pour leur malheur, c’est réciproque. Bien sûr, papa est loin de célébrer l’union. C’est plutôt mort et enterré qu’il aimerait voir le jeune impudent.

Dans ce « pays enchanteur puisque l’on peut y mourir en mordant une fleur », Lakmé incarne une innocence rêveuse et jusqu’au-boutiste, la jeune fille idéale vouée à s’ouvrir puis succomber sous l’imperfection des autres et du monde. Une idée qu’incarne son timbre de voix, une soprano colorature irréellement céleste. Mais en fragile fleur exotique, Lakmé n’en est pas moins sensuelle, voire vénéneuse…

Ce drame joué pour la première fois à l’Opéra comique le 14 avril 1883 connait d’emblée un succès fou, dans un Paris où l’orientalisme est à la mode. Un certain Air des clochettes, n’y est sans doute pas pour rien, lui que l’on attend toujours avec ferveur, même après les plus de 1600 représentations qu’a abritées la salle Favart. Dans cet opéra vocalement redoutable, c’est peu dire que l’on attend l’interprète du rôle titre au tournant.

Sabine Devieilhe chante à désarmer le plus fanatique des prêtres hindous, à désengoncer le plus coincé des officiers de Sa Majesté. Là où l’on pourrait attendre une puissante pyrotechnie, c’est à un fil ténu mais bien assuré que ses vocalises s’accrochent. Lorsqu’elle interprète la Légende de la fille du paria, tout dit la peur, le trouble, l’émoi d’une enfant contrainte par son père à  chanter pour forcer l’amoureux à trahir sa présence. Devielhe chante en retrait, mais un retrait dramatiquement pensé, et c’est à frissonner ! Ou à couvrir d’applaudissements, comme ne s’en sont pas faits prier les spectateurs de la première vendredi  10 janvier.

Sous les traits de Frédéric Antoun, le prétendant transi n’est pas en reste, offrant quelques cantilènes et duos d’une mièvrerie délicieuse. Lakmé lui inspire yeux papillonnants et aigus bien timbrés. La basse de Paul Gay (Nilakhanta) est un poil tremblante, mais effrayante de colère dans le dernier acte. Jean-Sébastien Bou compose un copain de régiment sincère et raisonnable, quand les sopranos Marion Tassou et Roxane Chalard jouent avec fraîcheur les Anglaises en goguette. Elodie Mechain enveloppe de velours le fameux Duo des fleurs, lancinant leitmotiv qui accompagne les pas de Lakmé et sa servante Mallika. Mention spéciale pour Hanna Schaer en gouvernante chaperon ronchon, qui se demande bien pourquoi « ces gens là ne peuvent-ils avoir des divertissements austères ? »

Car colorée, chatoyante et tourbillonnante, telle est bien la mise en scène de Lilo Baur. Mis à part un tumulus périlleux qui barre la scène du premier acte (c’est à guetter qui se cassera la figure en premier… comme si le danger vocal n’était pas suffisant !), les scènes de marché, puis la cache des amoureux, toute en lianes alanguies, dessinent un bel écrin au drame de Léo Delibes.

Quant à la direction de François-Xavier Roth, elle est parfois inégale mais fidèle à l’esprit d’une œuvre que l’on aurait tort de croire naïve et superficielle. A renfort de cors Raoux (visiblement pas toujours fiables), de hautbois Lorée, de flûtes Louis Lot et de percussions en peaux naturelle, tous instruments de la fin du XIXe siècle, Roth et son orchestre Les Siècles entendent faire sonner Lakmé sans fioritures, comme à l’époque. Une époque où modernité rime avec soif d’absolu, raffinement, mais aussi jeune fille devenue femme fatale libre de son  destin.

Par Victorine de Oliveira

visuels: © Pierre Grosbois

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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